samedi 15 août 2015

"Cher (trop chère) Médicament !"

Tous les jours, en podcast, j’écoute l’émission d’Eric Brunet sur RMC (« Carrément Brunet » de 13h à 14h). En fait, en ce moment c’est plutôt « Carrément Perri » puisque Pascal Perri assure l’animation de l’émission pendant les congés de mon animateur-chroniqueur-essayiste préféré.

Un des sujets de la semaine traitait du prix des médicaments et du monopole des pharmaciens. Pascal Perri défendait la thèse permettant la commercialisation, notamment dans les grandes surfaces, des médicaments non remboursés par la Sécurité Sociale et sous la responsabilité d’un pharmacien salarié par cette même grande surface. Les pharmaciens sont contre (comme toujours en France où chacun défend son petit prés carré) ; moi j’étais pour  (comme chaque fois où il est question de faire disparaître un monopole) ; et les français sont…. CONTRE à 65% !!! Mais contre quoi sont-ils ? Contre une libre concurrence qui leurs permettrait d’assouvir leur consommation excessive de médicaments ?

A la réflexion je crois que la question était mal posée. La question n’était pas la remise en cause du monopole des pharmaciens mais du monopole des officines de pharmacie d’une part et, il s’agissait d’autoriser la vente des médicaments non remboursés nullement de tous les médicaments.

Toujours est-il que nous assistions là à une belle réaction corporative comme seule la France en a le secret ! Pourtant la question du coût des médicaments en France reste d’actualité.

Cette introduction un peu longue m’éloigne en partie de mon sujet.

Depuis quelques jours vous voyez sur ce blog la mise à jour de la dette de la France (presque 2.100 milliards d’euros). Cette dette s’entend au sens de « Maastricht », c’est-à-dire qu’elle intègre la dette générée par les déficits successifs de la Sécurité sociale. Elle est tellement bien intégrée qu’on ne parle plus du « trou de la sécu » comme il était d’usage avant ce tour de passe-passe comptable. Mais je vous l’annonce : la Sécurité sociale est toujours déficitaire ! Colbert peut continuer à se retourner dans sa tombe.

Quand on sait que chaque français dépense en moyenne 504 € de médicaments (40% de plus que nos voisins européens) et que beaucoup d’entre eux finissent à la poubelle (1/2 selon un rapport de l'Inspection générale des affaires sociales (Igas) de novembre 2007), ces médicaments prescrits, remboursés et non consommés coûteraient 2 à 3 milliards d’euros à la France.

L’autre facteur de perte est lié au conditionnement : les laboratoires sortant des boîtes grands modèles pour des traitements de courte durée et les pharmaciens ne respectant pas toujours leur obligation de délivrer le conditionnement le plus économique. Les pays anglo-saxons, en particulier les États-Unis, ont recours depuis des années à ce mode de dispensation. Outre-Atlantique, le pharmacien reçoit les médicaments en vrac et il prépare de petits flacons contenant le nombre exact de comprimés ou de gélules, sur lesquels il colle une étiquette comportant le nom du malade, celui du médecin, le détail de la prescription, etc.

La généralisation du tiers payant, l'absence de ticket modérateur et d'avance des frais n'incitent pas à la modération. Il faut responsabiliser les malades pour chaque comprimé qu'ils prennent : 13 % des patients demandent le rajout de médicaments sur leur ordonnance (rapport de l'Inspection générale des affaires sociales de novembre 2007). Il faut responsabiliser les médecins afin qu’ils prescrivent raisonnablement : les prescriptions médicales excèdent les normes de 30 à 70 % et selon les entreprises du médicament (Leem) 90 % des consultations médicales se concluent par une ordonnance, contre 43 % aux Pays-Bas. Il faut mieux former les médecins, les labos l'ont bien compris : ils consacrent chaque année 25 000 euros par médecin généraliste pour faire la promotion de leurs produits par le biais de visites médicales.


TEMOIGNAGE

Ce sujet m’interpelle car étant atteint d’une maladie neurologique, la maladie de Parkinson, je me réjouie d’être couvert par un  système de protection sociale qui me rembourse l’intégralité des mes frais de médicaments (330€/mois) sans oublier les 0,51€/ ordonnance au titre des « honoraires dispensations complexes » (nous y reviendrons), de mes séances de kiné (120€/mois) et des honoraires de mon neurologue (23€/ consultation à La Pitié Salpêtrière). Je vous passe l’examen ayant permis le diagnostic de la maladie et de la nécessaire (mais efficace) opération chirurgicale d’ici 4 à 5 ans.

Si on ne s’en tient qu’aux médicaments, avec une espérance de vie de 75 ans, je devrais couter à la Sécurité sociale encore 120.000 € (en euros constant).

 La difficulté du traitement est de trouver le juste dosage, sachant que pour certains d’entre eux, une adaptation progressive (ou dégressive en cas d’arrêt du traitement) est nécessaire. C’est le cas notamment pour le SIFROL et pour le STALEVO (avec des dosages multiples), le premier par quantité de 30 comprimés, le second par 100, le tout correspondant à peu près à un mois de traitement.

Or les périodes d’adaptations durent en moyenne une semaine.

Ainsi, en juin 2015, ma consommation de SIFROL entraînant plus d’effets néfastes que de résultats positifs,  il fut nécessaire de passer d’un dosage de 2,1 mg à 0,52 mg en 4 étapes : 1,57 mg pendant une semaine ; 1,05 mg la semaine suivante ; à 0,76 mg la troisième semaine puis 0,52 mg. Le SIFROL n’existe qu’en dosages 0,26 / 0,52 / 1,05 et 2,10 (bien sur, on ne peut pas les couper). Mon pharmacien, à la vue de mon ordonnance me remis : 1 boite de 30 comprimés 1,05 mg (je n’en ai besoin que de 14), 1 boite de 30 comprimés 0,26 mg (je n’en ai besoin que de 7), 1 boite de 0,52 mg (que j’utiliserai en entier). Au passage je n’utilisais pas les 15 comprimés au dosage 2,10 mg qui me restait de ma précédente prescription. Au total la perte financière s’élevait pour cette catégorie de médicament à 64 € (soit près de 50% de la facture).

Pourquoi mon pharmacien ne m’a-t-il pas proposé 2 boites de 0,52 à la place d’un boite de 1,05 mg (il n’y aurait eu aucune perte sur la première semaine) ; et me conseiller de prendre 2 comprimés de 0,26 mg à la place d’un de 0,52 mg le temps d’épuiser la boîte (ce que je ferai à mon initiative) ? La perte n’aurait alors portée que sur le dosage à 2,10 mg (perte de 36 € versus 72 €).

La même démonstration peut être faite sur la prescription de STALEVO (vendus par 100) et dont je vais me retrouver avec 300 comprimés avec 3 dosages différents pour un montant total de 280 € et où, sans un minimum de civisme j’aurai pu être amené à jeter 80 € de comprimés (correspondant à une boite de STALEVO 50 dont je n’ai besoin que de 14 comprimés sur les 100 vendus et n’ayant pas reçu le conseil du professionnel de consommer 2 comprimés de 50 !).

Pourtant, à chaque ordonnance, je règle (pardon vous réglez pour moi via la Sécurité sociale), 51 centimes au titre d’ « honoraire de dispensation complexe » !

 Je pose alors les questions suivantes : 1/ pourquoi je n’ai pas reçu d’information de mon pharmacien, 2/ pourquoi faire des conditionnements de cette quantité.

De réelles économies pourraient être réalisées si ce conseil était fait (évalué dans notre cas d’espèces à 116 € (sur une facture de 350 €) ; si on passait au conditionnement unitaire (36 € dans notre cas) ; et enfin, si on s’interrogeait sur l’utilité d’intégrer systématiquement la notice du médicament dans chaque boîte (dans notre cas d’espèces j’ai reçu 3 fois la notice du STALEVO et 3 fois la notice du SIFROL), notices qui me sont remises chaque mois avec le renouvellement de mon traitement. Ces notices qui représentent à elles deux 6 feuilles format A4 alors qu’elles sont accessibles sur internet ou qu’elles pourraient être remises sur demande par le pharmacien (le coût du papier, de l’impression, du pliage, de l’insertion dans la boîte et le coût du transport lié au poids de celles-ci n’ont pas été évalués – je suis preneur si l’un d’entre  vous est capable de le faire).


Longue, trop longue peut être démonstration, mais c’est de l’argent public dont on parle.
 
 
 
 
 
 
  




N'oublions pas.