mercredi 12 août 2015

Elève Piketty... au tableau !


 

Avec plus de 150.000 ventes en France et plus de 450.000 aux Etats-Unis, la thèse de Thomas Piketty est devenu un best-seller international, ouvrant un débat brûlant des deux côtés de l’Atlantique. S’appuyant sur une énorme batterie de statistiques, l'économiste français montre que le capitalisme est, par nature, une machine à fabriquer des inégalités de richesses exponentielles. 


Ainsi, Piketty fait les constats suivants :
1. Au début du XXe siècle, même si la révolution industrielle a fait monter le salaire des travailleurs, les pays occidentaux étaient très inégalitaires, car le capital n'était détenu que par certaines familles.

 
2. Les guerres mondiales et la Grande Dépression ont réduit considérablement les inégalités, les rentiers ayant vu leur patrimoine disparaître.

3. Durant les Trente Glorieuses, les inégalités sont restées à un niveau relativement bas : la croissance hors norme et la mise en œuvre de systèmes fiscaux et sociaux performants ont permis l'émergence d'une classe moyenne qui a pu se constituer un patrimoine.

4. Depuis les années 1980, les inégalités montent en flèche. Aux Etats-Unis, les impôts sur les très hauts salaires et sur l'héritage ont été beaucoup réduits, tandis que les bonus des « super-managers » ont explosé. Les détenteurs de biens immobiliers ont remplacé les propriétaires terriens des siècles passés et l'héritage a repris le pas sur le mérite, notamment en Europe et au Japon.

5. Avec la croissance faible, les revenus du capital - intérêts, dividendes, loyers, plus-values... - sont supérieurs à ceux du travail3.

La thèse centrale du livre repose sur une "loi fondamentale du capitalisme": r>g, où r est le taux de rendement du capital (intérêts, dividendes, royalties, loyers, plus-values financières et immobilières…) et g la croissance économique, dont dépend la progression des revenus du travail. Traduction concrète: les revenus des placements progresseraient plus vite que les salaires. Donc il est plus facile d’épargner pour le capitaliste afin de faire grossir son patrimoine que pour le travailleur qui doit s’en constituer un. Cette loi s’est vérifiée dans toute l’histoire depuis l’Antiquité pour le taux de rendement avant impôts affirme l’auteur (p. 562). « Cette inégalité fondamentale […] r > g […] va jouer un rôle essentiel dans ce livre. D’une certaine façon, elle en résume la logique d’ensemble » écrit-il (p. 55).

Aussi, préconise-t-il :

1. d’instaurer un impôt sur le revenu très progressif, avec un taux de l'ordre de 80% pour les revenus supérieurs à 400.000 euros par an.
2. d’instaurer un impôt progressif sur les grandes fortunes, si possible au niveau mondial, de 1% au-delà de 1 million d'euros, à 2% au-delà de 5 millions d'euros, etc
3. de cesser la politique d'austérité en Europe et d’investir dans l'éducation afin de relever le niveau de croissance




Les thèses développées dans cet ouvrage tiennent du réquisitoire et propose, non pas de corriger certains effets négatifs de l’économie de marché, une condamnation pure et simple de celle-ci. Or, nous allons le voir, les thèses de Piketty résistent mal à la critique.

 

Sa fameuse "loi fondamentale du capitalisme" est un contre-sens.

 
Quand à affirmer que cette loi se vérifie depuis l’Antiquité, je suis perplexe sur les sources à disposition. Nous y reviendrons lorsque nous aborderons l’article du Financial Time.Selon Jean-Pierre Delsol, « Si au cours des vingt siècles écoulés, le patrimoine s’était accru de 4% par an en moyenne alors que la croissance oscillait à des taux inférieurs à 0,5%, il se serait avéré bien vite que le patrimoine disponible était insuffisant pour satisfaire à la demande d’augmentation de patrimoine que l’épargne aurait exigée en placement. Ou pour le moins les taux de rendement auraient baissé beaucoup plus vite que ne l’imagine Piketty. En clair, la formule de ce dernier, à l’alpha et l’oméga de sa pseudo-démonstration, est inapplicable sur le long terme. » 
Piketty laisse entendre que les « riches » sont des rentiers.

Or, « 75% des Américains qui figurent dans le 1 % des plus riches ou des plus hauts revenus soient des entrepreneurs » observe Bernard Zimmern. D’ailleurs, les derniers chiffres publiés dans un article (Tino Sanandaji : Piketty’s Missing Entrepreneurs) de la National Review (novembre 2014) montrent que 70 % des plus riches (les 0.1 %) sont propriétaires de leur entreprise (affaire) et non pas des salariés ou des rentiers. Analyse confirmée par le classement Forbes (2014) : 70 % des milliardaires américains sont des « self-made » qui n’ont pas hérité leur fortune ! Et si l’on compare le clssement Forbes de 1990 à celui de 2015, seuls 2 noms (Buffet et Cox) sont encore présents. Les autres sont issus d’entrepreneurs de 1ère ou 2ème génération.

En France, sur le classement des 500 plus grosses fortunes, on constate qu’aux dix premières places, six sont des entrepreneurs qui ont fait fortune avec l’entreprise qu’ils ont fondé. Ainsi, 56% des « 500 » sont des entrepreneurs. Et encore, chez les « héritiers » la plupart ont participé directement au développement de l’entreprise familiale. Pour s’arrêter aux 10 premières places, sur les 4 héritiers » : Madame Bettencourt (L’Oréal) a hérité de la société en 1957 et en a fait une SA cotées en Bourse. Alain et Gérard Wertheimer (Chanel) sont ont fait de l’entrepreneuriat et des investissements leurs principales activités.
C’est le même constat en Grande-Bretagne où 80% des 400 « riches » britanniques sont des entrepreneurs.
Nous sommes loin des « tous rentiers » Piketty où alors nous ne parlons pas de la même chose !
Ces « super-entrepreneurs » contribuent par leurs investissements, par leur prise de risque, à la création d’emplois et de produits innovants. Ces emplois permettent l’enrichissement du plus grand nombre et de réduire les inégalités.
Car ces entrepreneurs prennent des risques. Sur les 10 hommes les plus riches au monde en 1987, aucun n’était encore (et aucun membre de sa famille) dans le top 10 en 2013. Yoshiaki Tsutsumi, l’homme le plus riche de la planète en 1987 avec une fortune estimée à 20 Mds de dollars, était au fin fond du classement Forbes des 400 personnes les plus riches au monde en 2006, avec une fortune estimée à… 678 millions de dollars.
Il ne faut pas oublier également que, selon le dernier baromètre du mécénat en France, « 73 % des chefs d’entreprises et cadres dirigeants sont mécènes à titre personnel ».

Et au nom de la lutte contre les inégalités, l’impôt va frapper les créateurs d’entreprises et…d’emplois.
Selon les professeurs Mina Baliamoune-Lutz et Pierre Garello, avec l’impôt, la perspective de profit diminue ; plus le taux d’imposition moyen est élevé, plus le consentement à l’effort (c’est-à-dire le taux de rendement de l’actif investi) se réduit, et par ricochet, la création de valeur. L’impôt ne nuit donc pas obligatoirement à la quantité, mais à la qualité de l’entrepreneuriat.
Bill Gates a également raison de faire observer à notre auteur que les grandes fortunes, comme les grandes entreprises, peuvent avoir - sans passer par l’impôt - des effets directement bénéfiques pour les populations qui les entourent.
Frédéric Georges-Tudo, journaliste économique indépendant, sans crainte devant l’ampleur de la tâche, s’est lancé dans la chasse aux erreurs du livre de Piketty. Au chapitre des statistiques truquées, l’économiste Piketty, bien que bardé de diplômes, oublie par exemple d’ajouter à son calcul des inégalités les aides sociales diverses... Un oubli qui s’accompagne d’un autre : les revenus des riches sont calculés avant impôts, ce qui fausse totalement les résultats !
« A lui seul, écrit Frédéric Georges-Tudo, Le Capital au XXIe siècle- cumule donc mensonges inqualifiables, erreurs économiques fondamentales, préconisations insanes et préceptes idéologiques mortifères ».


Un article du Financial Time note, de son côté, Piketty a modifié, à de nombreuses reprises, les données sur lesquelles il a travaillé, sans préciser dans ses annexes techniques la nature de ces changements. Ensuite, parce que les données obtenues par Piketty sont incomplètes, il doit reproduire les données manquantes. Enfin, Piketty utilise principalement deux méthodes pour estimer l’ampleur des inégalités de revenus. La première s’appuie sur les droits de succession, l’autre sur des sondages réalisés sur les ménages les plus riches. Les deux méthodes ont chacune leurs mérites, mais elles ne sont pas sans défauts. La première ne prend pas en compte les revenus après impôts, l’autre peut sous-estimer la richesse effective puisque la richesse est établie à partir d’une déclaration. Ces deux méthodes sont difficilement comparables entre elles, il aurait donc fallu que Piketty en choisisse une.

Dans son droit de réponse, Piketty affirme travailler à la consolidation de son annexe technique pour pallier ce manque. Enfin

En réalité, une fois corrigée de ces erreurs, la tendance à la hausse des inégalités s’estompe, notamment pour les Etats-Unis et au Royaume-Uni. Outre-manche, elles ont même tendance à diminuer.
 






N'oublions pas.