dimanche 17 janvier 2016

Aux Français qui croient encore être défendus

Le 17 décembre 2014, quelques semaines avant les attentats de Charlie Hebdo, de Montrouge et de l'Hyper Cacher et, quelques mois avant la terrible soirée du 13 novembre, le Général de division (r) Vincent Desportes est auditionné devant la Commission des Affaires étrangères, de la défense et des forces armées du Sénat.
 
Rompant avec le principe de mutisme de l'armée française qui veut d'une part qu'un militaire en uniforme ne s'exprime pas sur les sujets militaires dont il a connaissance, et d'autre part qu'un militaire en civil oublie les sujets dont il a eu connaissance, le général Desportes s'exprime ouvertement devant nos représentants nationaux.
 
Le général met en garde nos élus et le ministre de la Défense contre "la réalité de la menace directe pour nos intérêts vitaux, dont notre territoire et notre population". Il insiste aussi sur la puissance de "Daech (...) premier mouvement terroriste à contrôler un aussi vaste territoire (...) qui représente 200 000 km² (...) et une population de l'ordre de 10 millions de personnes. Ce territoire est imparfaitement mais réellement « administré » par un « ordre islamique », fait de barbarie et de rackets. Daech dispose d'un véritable « trésor de guerre » (2 milliards de dollars selon la CIA), de revenus massifs et autonomes, sans comparaison avec ceux dont disposait Al-Qaïda. Daech dispose d'équipements militaires nombreux, rustiques mais aussi lourds et sophistiqués. Plus que d'une mouvance terroriste, nous sommes confrontés à une véritable armée encadrée par des militaires professionnels.
 
Vincent Desportes lâche alors une bombe en révélant que les créateurs de Daesh sont les Etats-Unis. Par intérêt politique à court terme, d'autres acteurs - dont certains s'affichent en amis de l'Occident - d'autres acteurs donc, par complaisance ou par volonté délibérée, ont contribué à cette construction et à son renforcement. Mais les premiers responsables sont les Etats-Unis.
 
Il appelle alors à détruire Daech afin de "le faire disparaître avant que le mal soit irréversible, avant que ses braises dispersées n'aient fait de ce départ de feu un incendie universel. Il faut agir, de manière puissante et déterminée, avec tous les pays de la région."
 
L'homme de guerre rappelle à la représentation nationale que le "rêve du politique, c'est l'intervention puissante, rapide, ponctuelle, qui sidère. C'est le mythe cent fois invalidé du « hit and transfer », du choc militaire qui conduirait directement au résultat stratégique et, dans un monde parfait, au passage de relais à quelques armées vassales immédiatement aptes et désireuses d'assumer elles-mêmes les responsabilités". Et d'insister sur le fait que c'est toujours la guerre "qui impose son calendrier et ses évolutions".

 
Aussi, dans le cadre d'une intervention extérieure "il ne faut « pas faire le premier pas sans envisager le dernier »" selon la formule de Clausewitz. "Cela veut dire qu'il faut évaluer sans idéologie, sans aveuglement, les conséquences d'une intervention, surtout si l'on n'a pas l'intention d'aller jusqu'au bout". Car il "ne s'agit pas « d'avoir les moyens de ses émotions ». Il s'agit de « consentir les investissements nécessaires à la sécurité des Français », selon le mot du ministre Le Drian. Cela n'a rien à voir !".

"Aujourd'hui dès qu'une opération est décidée, les planificateurs ont pour ordre strict de limiter au maximum les moyens, non en fonction des exigences opérationnelles mais selon une stricte logique budgétaire. Puis, dès que l'opération est lancée, la seule préoccupation des planificateurs est de rapatrier au plus tôt le maximum des moyens déployés." Une telle approche budgétaire met d'abord en danger nos soldats. Ensuite la mission assignée, aux forces armées, "exécutée à moyens comptés, tarde à produire ses effets et coûte finalement beaucoup plus cher." Enfin, "nos armées ont été déjà transformées en « kit expéditionnaire », donc capables de gagner des batailles mais pas de gagner les guerres (...). Aujourd'hui, on accélère leur retrait, gâchant leurs succès initiaux qu'elles ne peuvent plus transformer en succès stratégique et politique."
 
"La dégradation de nos capacités militaires ne peut durer"
 
Le général Desportes met alors en parallèle "d'une part, l'embrasement du monde à nos portes, à notre est, à notre sud-est, à notre sud, la multiplication de nos interventions et, d'autre part, la détérioration profonde et rapide de nos capacités budgétaires avec, en aval, celle de nos capacités militaires. Tout le monde le sait, à droite et à gauche. Certains, trop peu nombreux, le disent."

 
15 jours avant les fusillades de novembre 2015, le général Desportes pousse un cri d'alarme dans son livre: "La dernière Bataille de France".  Tandis que les menaces de toute nature se multiplient à l'échelle internationale et que le territoire national est désormais directement menacé, la France peut-elle se permettre de ne plus compter que sur des armées aux capacités très fortement dégradées à cause d'une politique d'économies à courte vue ?
 
 
Interview : le général Desportes sur France-Info Vincent Desportes – Parlons Net – france info
 

 

 


 

 

N'oublions pas.