dimanche 28 février 2016

Le César du film le plus rentable est attribué à...

Le film de Stéphane Brizé « La loi du marché » est le film le plus rentable du cinéma français en 2015.  Amusant quand on sait combien l’industrie cinématographique française est très administrée et bien peu soumise aux lois du marché. Avec un budget de 1,7 millions d’euros et 975.222 entrées, le film avec Vincent Lindon atteint un taux de rentabilité de 180,7% (c’est-à-dire que pour 100 € dépensés, le film en rapporte 180,70 €). Suivent ensuite « Demain » de Cyril Dion et Mélanie Laurent (155% de rentabilité), « Mustang » de Deniz Gamze Ergüven (134%), « Mutch Loved » de Nabil Ayouch (130%) et « Babysitting 2 » de Nicolas Benamou et Philippe Lacheau (105,58%).

Tous les autres films français de l’année 2015 sont en-dessous du seuil de rentabilité. Car il ne faut pas confondre « succès populaire » et « rentabilité ». Seul « Babysitting 2 » avec plus de 3 millions d’entrées réalise un succès populaire tout en étant rentable.

Ainsi, bien qu’ayant été des succès populaires, des films tels que « Les nouvelles aventures d’Aladin » (plus de 4,3 millions d’entrées), les « Profs 2 » (près de 3,5 millions d’entrées), « Taken 3 » (2,6 millions d’entrées) entre autres sont des échecs financiers. Un des plus gros flops financiers revient certainement à EuropaCorps, producteur de « Taken 3 » qui, avec un budget de 51 millions d’euros n’affiche un taux de rentabilité que 16% (soit 16 € d’engrangés pour 100 € de dépensés).

Le sujet ne serait pas si brulant s’il ne concernait que des capitaux privés. Mon orientation libérale me pousse à croire que le marché s’autorégule et, qu’après tout, chacun peut bien faire ce qu’il veut de son argent. Le reste est question de conscience.

Mais tel n’est pas le cas. Le cinéma français dispose d’avantages fiscaux non négligeables qui le met en partie à la charge du contribuable. Il est tout à fait faux de considérer, comme Thomas Langmann, qu’il n’y a pas d’argent public dans le financement des films français.

D’abord, les places de cinéma bénéficient d’un taux de TVA réduit à 5,5% depuis le 1er janvier 2014. Il était au préalable de 7% et le président Hollande avait envisagé de le remonter à 10% ! Ajoutez à cela les SOFICA, qui permettent aux particuliers de déduire de leurs impôts l'investissement dans un film, et ce sont plusieurs centaines de millions qui échappent aux finances publiques. La Cour des Comptes avait établi en 2012 que « 447 millions d'euros sont adossés à des ressources d'origine fiscale et constituent donc... du financement public ».

Et puis, ce n'est pas tout. Ces mécanismes et ces sommes sont incomplets, car, en parallèle, la France se targue de disposer du régime des intermittents du spectacle ! Cette caisse présente un déficit chronique d’un milliard d'euros par an, comblé par le régime général de la Sécurité sociale...

Le pauvre Vincent Maraval, coproducteur d'Asterix, avait mis les pieds dans le plat pour dénoncer les cachets mirobolants de quelques grands noms du grand écran et avait immédiatement été voué aux gémonies par ses pairs. Il faut dire que la problématique était mal posée. Car la vraie question n’est pas combien coûte un film mais combien il rapporte. De la question du cachet de la tête d’affiche doit se poser en fonction du budget de ce film. Il faut constater que les cachets des vedettes du cinéma français ont baissé ces dernières années.


En témoigne le classement des acteurs français les mieux rémunérés en 2015. Omar Sy arrive en tête du classement avec 1,8 million d'euros. On est loin des 10 millions d’euros de cachet perçu par Dany Boom pour le film « Supercondriaque » !

Pourtant, ces cachets ne sont toujours pas en adéquation avec le budget global du film et encore moins avec la rentabilité de celui-ci. Ainsi Jean Dujardin a touché 1 million d’euros pour le dernier Lelouch « Un plus une », soit 12% du budget total du film (8 M€) et alors que le film est un flop financié (36 euros de recettes pour 100 euros de dépenses). Kev Adams empoche un salaire de 1,5 millions d’euros pour « Aladin », soit 10% du budget. Pourtant, là aussi le film ne couvre pas les frais.

Alors l’exception culturelle cinématographique justifie-t-elle tout ? Certainement pas dans la situation budgétaire actuelle.

D’ailleurs de quelle exception culturelle nous revendiquons nous ?

« Mustang » réussit, sans communication tapageuse, à réunir 555.670 spectateurs dans 130 salles, tout en rapportant de l’argent (130 euros pour 100 euros de dépenses) et a reçu deux César, celui du meilleur premier film et celui du meilleur montage. De plus il représente la France aux Oscars. Peut-on parler d’exception culturelle avec « Connasse, princesse des cœurs » ?

La comédie est, en France, une exception culturelle quand elle produit des films (pour ne s’en tenir qu’au deux dernières années) comme « Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ? » (300% de rentabilité) ou « La famille Bélier » (231% de rentabilité). Néanmoins, les budgets restent encore colossaux (12 et 7 millions d’euros).
Alors faisons confiance à la loi du marché pour réguler l’économie cinématographique française. La qualité du scénario, la précision de la réalisation et la modestie des comédiens feront le reste !