Quel rôle pour la presse dans le contexte d’une attaque terroriste ?

Aujourd’hui, la place et le rôle des médias dans le contexte d’une attaque terroriste ne sont pas réellement définis. Si la presse doit naturellement être en mesure d’informer le public à l’occasion d’une crise de cette nature, il ne faut pas que la présence des journalistes sur les sites concernés ou la révélation d’informations sensibles viennent troubler l’action des forces de sécurité intérieure, des secours ou des services de renseignement ou mettent en danger les personnes impliquées (policiers, gendarmes, otages, etc.).

Or c’est hélas ce qu’il s’est produit lors des attentats du mois de janvier 2015, ainsi que l’ont souligné devant la commission d’enquête de l'Assemblée Nationale plusieurs responsables de la sécurité intérieure. Le directeur général de la gendarmerie nationale a, ainsi, fait part d’une anecdote révélatrice : « Alors que je suis en mouvement entre Paris et Dammartin-en-Goële, un journaliste spécialiste des questions de sécurité intérieure m’appelle pour m’annoncer qu’il vient d’avoir Kouachi au téléphone et qu’il va le passer à l’antenne. Je lui demande de ne pas le faire, en raison de la présence d’un otage ». De son côté, le chef du RAID, M. Jean-Michel Fauvergue, a fermement soutenu, lors de son audition, que la présence des médias à proximité de l’Hypercacher de la porte de Vincennes a soulevé de réelles difficultés dans la préparation de l’assaut : « Il était impossible de mettre plus tôt les explosifs sur la porte, parce que nous étions filmés en direct. Si Coulibaly nous avait vu le faire, il aurait su que nous allions donner l’assaut ». Il a aussi expliqué à la commission que la ligne fixe du magasin sur laquelle le négociateur de la BRI de Paris tentait de joindre le terroriste « était occupée par BFM, iTélé et tous ceux qui voulaient des interviews en direct de Coulibaly en train de prendre des gens en otage ». Ce propos mérite cependant d’être nuancé car il semble que seul BFM TV ait eu un contact téléphonique – d’une durée de cinq minutes – avec Amedy Coulibaly, initié par celui-ci. Devant la commission d’enquête, M. Hervé Béroud, directeur de l’information de la chaîne, a d’ailleurs expliqué que le terroriste « a donné des informations très importantes : le nombre de victimes, le nombre d’otages encore avec lui, le fait qu’il était seul… ». Certes, ces informations ont été immédiatement transmises à la police. Mais il ne revient pas aux journalistes de recueillir, dans le contexte d’une crise aussi grave, ce type d’informations.

Les nombreux dysfonctionnements dans le traitement médiatique des événements de janvier 2015 ont conduit le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) à relever trente-six manquements dont quinze ont donné lieu à une mise en garde et vingt et un, plus graves, ont justifié des mises en demeure.

La couverture médiatique des événements du mois de novembre 2015 n’a pas soulevé de difficultés analogues. Il ne fait pas de doute que les médias ont tiré les enseignements des décisions prises par le Conseil au lendemain des attaques du mois de janvier, même si l’absence de manquement s’explique aussi peut-être, en partie, par la durée très brève de la crise du 13 novembre en comparaison de celle du mois de janvier.

Quoi qu’il en soit, l’équilibre entre la liberté de communication et la protection de l’ordre public n’a pas encore été atteint en la matière. Certes, le traitement de l’information obéit déjà à beaucoup de règles. Néanmoins la spécificité d’une tuerie de masse impose que des règles particulières s’appliquent afin que la protection de l’ordre public ne connaisse aucune faille.

Naturellement, il conviendra d’y associer les réseaux sociaux qui jouent désormais un rôle central dans la diffusion de l’information. Ce travail devra permettre d’établir des règles claires et précises sur le rôle et les obligations des journalistes et des plateformes digitales (Facebook, Twitter, etc.) mais aussi de définir les modalités de la collaboration entre les pouvoirs publics et les médias lors d’une crise de cette nature.

Pour prévenir d’éventuels manquements comparables à ceux observés en janvier 2015, il faut créer une infraction caractérisée par la diffusion – sur tout support – d’une information susceptible de causer un préjudice à toute personne présente sur le lieu d’un attentat.

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