Est-ce la fin de la Gauche et de la Droite ?

Jusqu’en 1989, le monde se divisait en deux : bloc de l’est – communiste, et bloc de l’ouest – capitaliste. Pour les Français ce système confirmait la bipolarisation de la vie politique nationale issue du XIXème siècle. Cette bipolarisation convenait parfaitement à une République née de son combat contre un ennemi unique : les royalistes. En France, on est de gauche ou de droite, royaliste ou révolutionnaire, girondin ou jacobin… Fille aînée d’une Eglise où le combat entre le bien et le mal est le fondement de la doctrine, la politique française a hérité de ce clivage gauche/droite.

Pourtant, la « Réalpolitik » du président Mitterrand à partir de 1983, l’émergence du Front National en 1984 et l’effondrement du Mur de Berlin en 1989 remettent en cause la révolution prolétarienne et les idéologies de gauche. Les crises économiques et financières qui perdurent et se suivent depuis quarante ans, les scandales financiers et les comportements irresponsables de certains dirigeants d’entreprises (golden parachutes) amènent les tenants du libéralisme économique à s’interroger sur l’autorégulation des marchés, base du capitalisme.

Les échecs de tous les gouvernements, qu’ils soient de gauche (1981-1986 ; 1988-1993 ; 1997-2002 ; 2012 à nos jours) ou de droite (1986-1988 ; 1993-1997 ; 2002-2012) dans leurs luttes contre le chômage et la délinquance, vont finir de faire douter les Français sur la capacité de leurs dirigeants. Le Front National en proposant des solutions de droite en matière de sécurité et de gauche en matière de politique économique scinde en trois grandes parties le paysage politique et achève la bipolarisation.

Ce brouillage des orientations politiques de nos dirigeants est accentué par plusieurs facteurs. D’abord par une formation stéréotypée de nos élites (tous formés sur le même modèle, ils n’ont quasiment aucune notion d’économie d’entreprise et n’ont qu’une réponse générale : la dépense publique). Ensuite, la professionnalisation de la vie politique amène nos dirigeants à raisonner en termes d’échéances électorales tout en ayant absorber les nécessités de l’alternance (sorte de périodes de mise en jachère de leurs idées). Enfin, et elle découle de la précédente, l’impossibilité de mettre en œuvre les programmes pour lesquels ils ont été élus, assemblage de promesses électorales irréalistes. Il faut quand bien avouer que le corps électoral n’a que les représentants qu’il mérite.



Alors est-ce la fin de la gauche et de la droite ? Certainement à constater les dernières élections régionales et les alliances de second tour. Certainement aussi, à voir la prolifération des candidats à la primaire de la droite (bien que la variété des solutions proposées n’est pas en adéquation avec leur nombre). Certainement enfin, à observer le déchirement de la majorité au pouvoir. Le tropisme des idées a évolué vers une pluralité d’orientation où l’axe « droite-gauche » conserve sa valeur de simplification du débat politique (ce qui est fondamental dans une démocratie). En effet, l’émergence de personnalités comme Emmanuel Macron ou Manuel Valls à gauche (mais déjà avant eux Jean-Pierre Jouyet) ou comme Nathalie Kociusko-Morizet ou Xavier Bertrand (et avant eux Jean-Louis Borloo) a rebattu les cartes du jeu politique traditionnel.



Aujourd’hui, pour se définir politiquement, il faut rédiger son propre Credo et répondre aux questions suivantes :

Comment abordez-vous les évolutions socio-culturelles concernant le mariage entre homosexuels, la gestation pour autrui, le droit de vote des étrangers… (progressiste ou traditionnaliste) ?

Quelle est votre position concernant l’autorité, la sécurité, le rôle de la prison, de la peine de mort (plutôt sécuritaire ou plutôt libertaire) ?

Quelle est la place ou le rôle de la laïcité dans la République ?


Pour vous l’immigration est une chance permettant la diversité ou un danger pour l’identité française (nationalisme) ?

Pensez-vous que le marché se régule par lui-même (libéralisme) ou qu’il faut le réglementer (interventionnisme) ?

Le rôle de l’Etat doit-il se limiter à ses fonctions régaliennes ou doit-il intervenir à tous les niveaux de la société (Etat providence) ?

Vous prônez l’égalité des chances (quotas) ou la méritocratie ?




L’Europe est-elle un facteur de développement économique (libre-échangisme) ou au contraire met en danger l’artisanat et le petit commerce (protectionnisme) ?

La monnaie unique est un atout pour l’économie nationale (libre-échangisme) ou la France doit maîtriser sa politique monétaire (souverainisme) ?

L’Europe doit-elle se doter d’une institution politique (fédéralisme, confédéralisme ou indépendantisme) ?
















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