samedi 19 novembre 2016

Frontières et Migrations: l'enjeu européen du prochain président de la République


Par Laurent Sailly, directeur de la publication

La crise migratoire, un phénomène structurel amené à se pérenniser et à s’intensifier. L’Europe fait actuellement face à une pression migratoire soutenue à ses frontières. En 2015, l’Union européenne dénombrait plus d’un million de migrants irréguliers tentant de franchir les frontières européennes, principalement au niveau de la Grèce et de l’Italie.

La première des conséquences est une crise humanitaire avec des milliers de migrants mettant leur vie en jeu pour tenter de rejoindre l’Europe.

Ces flux posent également une problématique sécuritaire au regard du risque terroriste qui pèse actuellement sur l’Europe.

Face à une crise d’intensité croissante, l’Union a adopté plusieurs mesures visant à renforcer la protection de ses frontières extérieures et à améliorer la gestion des flux de migrants : des hotspots sont mis en place aux principaux points d’arrivée des migrants en Italie et en Grèce; des opérations ont également été lancées pour surveiller les flux de migrants arrivant par voie maritime (opération TRITON, opération POSEIDON, etc.) mais également pour lutter contre les réseaux de passeurs; la création de bases de données interconnectées (SIS, VIS, Eurodac, Europol, Interpol) ou encore le projet Smart Borders, le plus emblématique concerne la création de la nouvelle agence de garde-côtes et de garde-frontières européenne.

Ces mesures, par leur nature et par leur adoption en urgence, révèlent le manque de préparation de l’Europe alors que le phénomène était pourtant connu et que la multiplication de signaux faibles laissait augurer sans doute possible de son intensification.

L’incapacité de décision à l’échelon européen s’illustre par les différentes politiques mises en place par les Etats membres sans rechercher une coordination et une coopération européenne.

Ces prises de position remettent en cause le modèle de gouvernance européen, basé sur ses deux piliers, la Commission européenne et le Parlement européen.

Tous ces signaux envoyés par l’Europe ou par ses Etats membres vont dans le sens d’une décrédibilisation de l’Union européenne, offrant des arguments aux mouvements eurosceptiques actuellement en plein développement.

Face à la tendance lourde que constituent le phénomène migratoire et la menace terroriste, l’Europe doit définir une politique commune de gestion de ses frontières au risque d’une remise en cause de l’espace Schengen et à terme du projet européen lui-même.

Si le Brexit a quelques vertus, c'est d'avoir mis en lumière l'échec d'une défense européenne, véritable serpent de mer. Il souligne aussi l'urgence face au péril terroriste et remet le débat sur la table.

N'oublions pas.