lundi 9 janvier 2017

Le prix de la Paix

Par Laurent SAILLY

Dans une tribune publiée par Les Échos, juste avant Noël, le chef d’état-major des armées Pierre de Villiers demande que le budget de la Défense passe à 2 % du PIB avant la fin du prochain quinquennat. La présentation des vœux aux armées par le président de la République cette semaine a fait resurgir le débat en pleine campagne présidentielle.

Selon le chef d’état-major des armées françaises, les menaces sont au nombre de deux : le retour des États-puissances et le terrorisme islamiste radical. 2 % du PIB, c’est également le ratio que demande l’OTAN à ses membres, en leur donnant jusqu’à 2025 pour y arriver. En Europe, seuls la Grèce, le Royaume-Uni, l’Estonie et la Pologne l’atteignent ou le dépassent. Cette tribune du premier des hauts gradés français a irrité plus d’un candidat à la présidence de la République, étrangement silencieux sur ce sujet pourtant majeur. François Fillon parle d’y parvenir « progressivement », sans donner d’échéance précise. À gauche, Manuel Valls et Vincent Peillon rejoignent sur ce sujet le candidat de la droite, en se donnant 2025 pour horizon.

La France, détentrice de l’arme nucléaire, titulaire d’un siège permanent au Conseil de sécurité de l’ONU, mère des droits de l’homme, se doit, pour maintenir son rang international, de multiplier les interventions extérieures (OPEX) tout en assurant sa défense intérieure. Mises à rude épreuve sur le terrain, nos armées sont aussi les victimes de l’inconsistance de nos politiques depuis maintenant trente ans. Car l’incompétence de tous les responsables politiques qui se sont succédé depuis le début des années 1980 est tout aussi évidente en matière militaire qu’en matière économique. Pour réaliser des économies budgétaires rapides, rien de plus simple que de réduire le budget des armées, qui ne font pas grève, qui ne manifestent pas, qui ne revendiquent pas. Aussi, on restreint à outrance les effectifs au risque d’épuiser les troupes. On limite les achats de munitions, de matériels et d’équipements. On réduit le budget des renseignements et de la guerre informatique. On diminue le nombre des manœuvres militaires alors que celles-ci sont les entraînements nécessaires à des troupes bien préparées. Tout cela met en danger les femmes et les hommes de nos armées. Or, nos soldats ont un savoir-faire que le monde entier nous envie. Mais combien de temps pourront-ils faire toujours plus avec toujours moins ?
Des efforts considérables doivent être engagés dans l’entretien de notre armement conventionnel. Mais le prochain Président devra également se pencher sur la modernisation et le renouvellement de notre dispositif nucléaire, gage ultime de notre souveraineté nationale.
Alors, certes, la guerre est, selon Clemenceau, une chose trop sérieuse pour la laisser à des militaires. Je crois que la sécurité des Français est trop sérieuse pour la laisser aux mains des irresponsables qui nous gouvernent.