vendredi 5 mai 2017

La parole est à l'honneur, mais laquelle ?

Par Philippe Bilger

J'ai appris récemment une très bonne nouvelle. Il y a des lustres - difficile de situer la date exacte - le Barreau de Paris, outre la Conférence du stage et la Conférence Berryer, disposait aussi de la Conférence Tronchet pour apprécier les talents et la qualité de la parole.
Les deux premières, à mon sens, ne relèvent pas, à cause de leurs modalités, de l'exercice de la parole tel que je le conçois. Peu ou prou elles permettent une préparation, une élaboration, une écriture bien avant l'heure de sorte que le moment venu on a moins un orateur qu'un lecteur ou une personnalité suffisamment habile pour paraître s'éloigner d'un texte pourtant bien présent. Ce n'est pas la parole dans sa pureté, son improvisation et sa liberté. Ce n'est pas un saut dans l'inconnu mais un confort avec un parachute déployé dans le secret d'un bureau ou d'un cabinet plusieurs jours avant l'expression publique. Cette épreuve n'est pas médiocre mais qu'on ne dise pas qu'elle est est susceptible d'appréhender, chez celui ou celle qui parle, le don fondamental de l'oralité. Au mieux, surtout sa mémoire.
Je tiens pour rien les saillies de la Conférence Berryer où des Secrétaires sont condamnés à être méchants sur le vif durant quelques minutes en oubliant le plus souvent que l'intelligence est encore plus nécessaire pour l'acide systématique que pour le bienveillant. Rien de plus pitoyable que l'esprit volant bas et prétendant faire mal alors qu'il ne fait rire que de soi.

http://www.philippebilger.com/blog/2017/05/la-parole-est-%C3%A0-lhonneur-mais-laquelle-.html

N'oublions pas.