L’abêtissement volontaire

Maxime TANDONNET

C’est hier par le plus grand des hasards, en attendant mon passage à la matinale de France Culture, que je suis tombé sur une brochure de l’institut Diderot concernant la crise de l’enseignement. L’auteur y dénonce « une spirale autodestructrice de l’école française » qui remonte au milieu des années 1970 et qui n’a jamais cessé, un effondrement du niveau de maîtrise de le la langue maternelle et de la compréhension dans toutes les disciplines. L’objectif d’atteindre les 80% d’une classe d’âge au niveau du bac,  assorti de « consignes toujours plus explicites de bienveillance dans l’évaluation » a entraîné l’écroulement des apprentissages fondamentaux. Mais ce texte accuse implicitement les dirigeants successifs du pays d’avoir sacrifié l’intelligence collective notamment en saccageant l’enseignement du français. « Entre 1976 et 2004, le nombre moyen d’heures de français sur le total des années menant du cours préparatoire à la classe de 3e aurait baissé de 700 heures ».  Or la connaissance et la maîtrise de la langue maternelle et des œuvres des grands écrivains et penseurs est le socle de l’intelligence collective. Savoir lire, comprendre un texte et construire une phrase intelligible est le fondement de l’esprit critique permettant d’aborder les autres disciplines. Tout se passe comme si depuis près de quatre décennies, la France subissait une entreprise de crétinisation de masse, consciente ou inconsciente: abattre l’esprit critique pour soumettre le pays à toutes les influences, l’asservir aux modes idéologiques. Elle explique la médiocrité ambiante et sans doute la débâcle politicienne de la France d’aujourd’hui, l’émergence d’un pays déboussolé, sans repère, livré à la béatitude, aux idolâtries et balloté au jour le jour par tous les courants d’air, mêmes les plus contradictoires.

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