mercredi 28 juin 2017

1ère fortune de France: "Félicitations M. ARNAULT"


©Laurent SAILLY, pour Méchant Réac ! ®

Bernard Arnault est la première fortune française, selon le classement annuel des 500 fortunes de "Challenges" de ce mercredi. Cette nouvelle va faire les choux gras des journaux pendant deux ou trois jours et alimenter les conversations de famille du repas dominical. On va s’offusquer, se scandaliser peut-être pour certains, puis on oubliera jusqu’au classement de la semaine dernière. J’entends déjà « c’est pas normal », « c’est trop », « c’est pas juste ». Bref le niveau zéro de l’argumentation économique laissée à la vindicte populaire.

Quelques éléments de réflexions.

D’abord, éliminons la question posée par toutes les matinales radio que l’on peut résumer à « c’est bien ou c’est pas bien ». Très clairement, si M. Arnault n’était pas milliardaire, je ne le serais pas pour autant. Autant dire que la fortune de celui-ci ne m’enlève rien. Et quitte à compter les milliardaires, je préfère qu’il soit français plutôt qu’américain, indien ou chinois, ne serait-ce que parce qu’il paye ses impôts en France (même déduction faite des niches fiscales et des montages financiers savants).

Ensuite, ce n’est pas Bernard Arnault qui est la première fortune de France, c’est sa famille. Si j’évalue mon patrimoine en ajoutant l’appartement de mes parents, ceux de mon frère et de ma sœur, la maison et l’appartement de mes beaux-parents, ainsi que les voitures de chacun d’entre nous (sans compter les comptes épargnes de ma fille et de mes nièces), j’ai un patrimoine bien plus conséquent qu’il n’est en réalité.

Enfin, le patrimoine est constitué des actifs (ce que j’ai) mais aussi des passifs (mes prêts). Or évaluer la fortune de quelqu’un doit se faire en déduction de ses prêts. Un exemple : j’ai une voiture et une maison achetées à crédit, ma « fortune » est la soustraction à la valeur de ces biens du capital restant dû des prêts en cours. Or Bernard Arnault et sa famille sont endettés.

Alors, soyons bien clair : je ne pleure pas sur le sort des « Arnault ». Je remets simplement l’église au milieu du village.

Dans les brèves de comptoir que j’entends ce matin dans le petit café où j’écris mes articles, j’ai relevé un « c’est beaucoup trop pour un seul homme » par un habitué qui il y a quelques temps justifiait le salaire du footballeur Ronaldo. Ou encore un « tu te rends compte sa fortune a été multipliée par dix-sept en vingt ans » par un commerçant aisé qui a toujours refusé les propositions d’investissements dynamiques de son banquier.

Certes Ronaldo donne certes du jeu à nos concitoyens ; Bernard Arnault donne du pain (via les emplois créés ou sauvés et le paiement de ses impôts soit à titre personnel soit au titre de ses sociétés).

La fortune de la famille Arnault a augmenté (selon Challenge) de plus de 50% en un an. Si vous aviez acheté des actions LVMH (groupe de Bernard Arnault) le 27 juin de l’année dernière, votre action acquise à 131,40 € était cotée hier soir 227,15 € soit, déduction faite des frais de courtage, des droits de garde annuel de la banque et des impôts (sur les plus-values en cas de vente), une progression de 50%, sans compter le dividende versé (part des bénéfices) !  

Mais qu’avez-vous répondu à votre banquier lorsqu’il vous a conseillé d’investir un peu de votre Livret A en bourse ?

NDLR: le raisonnement vaut pour toutes les personnes présentent dans le classement.