dimanche 25 juin 2017

La Corse en marche vers l’indépendance ? par Eric Brunet

Valeurs Actuelles.

Trè deputati Pè a Corsica ! Vittoria storica !, s’est enthousiasmé dimanche soir sur Twitter, Gilles Simeoni, président du conseil exécutif de la collectivité territoriale corse. En renonçant aux armes, le 25 juin 2014, les responsables du FLNC ne se doutaient pas que trois ans plus tard, trois candidats nationalistes — deux autonomistes, un indépendantiste — feraient leur entrée à l’Assemblée nationale. Oui, la victoire écrasante de Pè a Corsica (“Pour la Corse”) sur l’île de Beauté est presque passée inaperçue. Et pourtant, c’est un fait essentiel de ces législatives : l’Assemblée nationale compte désormais trois députés nationalistes corses… sur les quatre envoyés au Parlement par les insulaires ! Cette victoire n’a rien d’anodin. Elle confirme le changement total de paradigme sur l’île puisque les autonomistes tiennent déjà l’Assemblée de Corse et l’exécutif régional.
Que réclame cette alliance de régionalistes, autonomistes et indépendantistes corses ? En premier lieu, l’officialisation du bilinguisme corse-français dans les actes de la vie publique ; l’instauration d’un statut de résident pour endiguer la spéculation foncière ; l’amnistie des Corses détenus pour des actions politiques (ce qui en soi constitue une provocation, car chacun sait qu’il n’y a pas de prisonniers politiques en France) ; l’inscription du statut fiscal dérogatoire de la Corse dans la Constitution française pour graver dans le marbre les dérogations avantageuses dont bénéficient les Corses (successions, etc.)…
En Haute-Corse, Michel Castellani, 71 ans, qui obtient 60,8 % des voix, ravit à Sauveur GandolfiScheit (Les Républicains) le siège que ce dernier avait durement conquis en 2007 dans une 1re circonscription longtemps acquise au radical Émile Zuccarelli.
Dans la 2e, Jean-Félix Acquaviva, 44 ans, a bénéficié du retrait de Paul Giacobbi, condamné à trois ans de prison dans une affaire de détournement de fonds publics. L’actuel président de l’Office des transports de la Corse s’est qualifié avec un score sans appel : 63 %.
Plus surprenant : en Corse-du-Sud, un nouveau venu en politique, Paul-André Colombani, a mis un terme au règne exercé depuis quinze ans par Camille de Rocca Serra, dernier représentant d’une dynastie locale (le père et le grand-père siégeaient déjà au Palais-Bourbon). Médecin généraliste de 49 ans, M. Colombani incarne l’un des nouveaux visages du nationalisme insulaire. C’est en 2014, lors des élections municipales, qu’il était apparu pour la première fois sur la scène politique corse, en se faisant élire sur la liste d’opposition au maire de Zonza. Comme il l’expliquait dans un entretien à Corse-Matin, sa candidature a illustré « la volonté du mouvement nationaliste de faire émerger de nouvelles personnes, notamment de la société civile ».
Que faire de cette victoire “historique”, qui prolonge celle enregistrée par les nationalistes, majoritaires à l’Assemblée de Corse depuis décembre 2015 ? « Nous représentons la majorité des Corses, Paris doit en tenir compte, c’est cela la démocratie », a affirmé dimanche soir Michel Castellani, le nouveau député de la Haute-Corse. Ce professeur d’économie à l’université de Corte est un autonomiste new look. Il est discerné, mesuré et spécialiste de finances publiques. Une sorte d’Éric Woerth autonomiste… Il appartient au camp des modérés, opposés de longue date à la violence politique.
« Cette position de force, inédite dans l’histoire, nous donne surtout la capacité de poser la question corse au coeur des institutions françaises dont nous avons toujours été exclus », a expliqué dimanche un cadre nationaliste.
Dimanche soir, dans les couloirs des rédactions, plusieurs proches d’Emmanuel Macron venus commenter les résultats du second tour ont évoqué, en off , un possible référendum en Corse…
Davantage d’autonomie pour la Corse ? Référendum sur l’indépendance ? Monsieur le président, ce sujet ne fi gurait pourtant pas dans votre programme.

N'oublions pas.