Le C.S.A. rêve-t-il d’un retour à la bonne vieille censure de l’O.R.T.F. ? Par Laurent Sailly


Je n’ai pas honte de le dire : j’aime bien Hanouna ! Certes, j’ai détesté la séquence au cours de laquelle il « a eu recours à de nombreux clichés et attitudes stéréotypées sur les personnes homosexuelles » (pour reprendre les termes du CSA). J’ai assisté, comme nombre de téléspectateurs, à ces échanges qui n’étaient ni drôle, ni juste. En regardant ces séquences, alors que je ne suis pas un professionnel de la télévision, j’ai tout de suite compris qu’on assistait à un dérapage en direct. Pourquoi personne (ses chroniqueurs pendant les pauses publicitaires ou le rédacteur en chef de l’émission en régie ne sont-ils intervenus pour lui dire d’arrêter ?). La chaine devait être sanctionnée. Elle l’a été. Sévèrement. Justement.

Depuis il s’est excusé, il a reconnu ses erreurs. 
Hanouna est à la télévision ce qu’a été Christophe Dechavanne dans les années 1990. C’est le dernier animateur à faire des émissions en direct. C’est le dernier à inventer des concepts. Pas toujours de bon goût.
Mais pourquoi cet acharnement contre l’animateur de C8 de la part du CSA ?
Olivier Schrameck est président de l’instance de contrôle de l’audiovisuelle depuis en janvier 2013, nommé par le président François Hollande. Homme de gauche, Olivier Schramek est un haut fonctionnaire, dans « l’ombre des cabinets ministériels » (Dans l'ombre de la République : les cabinets ministériels, Dalloz, Paris, 2006) depuis 1981. Vincent Bolloré est un industriel et homme d’affaires français, président du groupe Bolloré, proche de Nicolas Sarkozy. Jusque-là, le conflit a toujours tourné à l’avantage de l’industriel.

Mais appartient-il au président du CSA d’utiliser l’instance qu’il dirige pour régler ses comptes ? Permettez-moi d’en douter.
Dans un article intitulé, « A quoi sert le C.S.A. ? », l’avocat G.W. Goldnadel répond : « Il ne sert pas à surveiller les dérapages des gangsta’ rap tels qu'on peut les voir quotidiennement sur les vidéos-clips des chaînes musicales où, en boucles, nos jeunes admirent des caïds de banlieue idéalisés ridiculiser des flics détestables ou se pavaner aux côtés de créatures ravalées à l'état de marchandises. Il est vrai que peu de ligues féministes ne doivent souvent s'en effaroucher, réservant leur ire vigilante aux vieux mâles blancs tellement plus haïssables. » Et de compléter dans un article, « Angot, dérive de l'émission politique : L'étrange silence du CSA » :

« Depuis que le service public audiovisuel de l'information est impunément aux mains de l'idéologie gauchisante, il n'est nul besoin pour un cabinet noir d'avoir à insister pour répandre quelques informations désagréables pour l'adversaire, l'assistance sera empressée autant que mécanique.

Ainsi on peut s'étonner que David Pujadas, ordinairement mieux inspiré, ne se soit soucié que de faire taire le public mais jamais d'installer un dialogue entre Christine Angot et François Fillon. Madame Angot refusant explicitement de débattre et installant une atmosphère de tribunal révolutionnaire devant des téléspectateurs encore sidérés de tant de violence et de parti pris.

(…)

Aujourd'hui, voilà le tranquille Jean-Pierre Pernaut de TF1, morigéné pour avoir, entre un sujet sur les SDF et un autre sur les migrants osé lancer : « Voilà, plus de places pour les sans-abri, mais en même temps les centres pour migrants continuent à ouvrir partout en France ».

On avait connu pire insanité nullement sanctionnée. L'appel de Ruquier à assassiner un président américain. Ou ces phrases dénoncées au CSA par l'un de mes correspondants qui m'a demandé de m'en saisir.

Nous sommes le 24 novembre. Mon correspondant, fondateur d'un des plus importants instituts de sondages, est dans sa voiture à écouter France Inter. Il est 11h30. Parmi quelques saillies : à propos des candidats Fillon et Poisson : « pour prouver lequel des deux est le plus catholique, ils vont se faire sucer par des gosses ».

Et encore : « … C'est comme le ver solitaire, quand on a fait le con pendant cinq ans, il part du Fillon quand tu arrives à chier ».

Le citoyen-auditeur-contribuable de cette radio de service public a recommandé son courrier au président du CSA qui ne lui en a pas encore accusé réception après quatre mois. Sans doute considère-t-il qu'à 11 heures et 30 minutes du matin il était impossible qu'un enfant écoute la première antenne radiophonique nationale ».

Quel avenir pour la haute autorité audiovisuelle ?

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