Anonymat sur les réseaux sociaux : « Au bal masqué »


L’application américaine « Secret », lancée au début de l’année par deux ingénieurs de Google, est un réseau social qui permet d'échanger des messages et des photos sans

L'explosion des applications de messages et photos éphémères, comme Snapchat, ou des messageries chiffrées, comme Telegram, indiquaient déjà cette volonté de mieux protéger sa vie privée en ligne. Sur Whisper ou Secret, pas besoin d'indiquer son nom ni de mettre une photo de profil - une manière, aussi, de se libérer de la pression que créerait Facebook pour se présenter sous son meilleur jour.

Mais Facebook (et d’autres encore comme Twitter) ne garantissent pas l’équation un humain, un profil. Il n’y a qu’à voir le nombre de faux profil qui pullule sur ce réseau (faux profils très simples à créer). Ainsi, en 2018, Facebook revendiquait 2,2 milliards d’utilisateurs actifs chaque mois pour une population mondiale de 7,5 milliards d’individus (dont plus de la moitié disposent d’un accès à internet). Mais combien de faux profils ? 

Le formatage médiatique de l’opinion, la censure du politiquement correct, la vérité historique officielle, la dictature des minorités agissante, mais aussi l’absence de courage de nos contemporains, ont tué la liberté d’expression de la pensée individuelle. 

La possibilité de s’exprimer sous couvert d’anonymat ou d’une fausse identité a permis un retour à la pensée. Mais avec cette liberté retrouvée, des dérives apparaissent, au premier rang desquelles des messages de haine, de racisme, de diffamation, rumeurs et de liberté d’expression.

L’Assemblée nationale, qui s’est saisie d’une proposition de loi en vue de lutter contre les « fake news », prend le problème à l’envers. Après les manipulations russes et les propagations de fausses nouvelles observées pendant les campagnes électorales ayant mené (ou non) au Brexit et à l’élection de Donald Trump, personne n’ignore les dangers qu’il y aurait à laisser se développer ce phénomène sans réagir.

Mais on voit bien que cette position, ne va que renforcer le sentiment de dérives potentielles auxquelles pourraient mener un possible droit de censure judiciaire sur internet. Comme l'écrivait Tocqueville, l'auteur de De la démocratie en Amérique : "Dans un pays où règne ostensiblement le dogme de la souveraineté du peuple la censure n'est pas seulement un danger, mais encore une grande absurdité". Aussi faut-il avoir des raisons supérieures, impérieuses même, pour la contraindre légitimement.

Cette loi est inutile pour plusieurs raisons :

-       D’abord la loi existe déjà. La loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse apporte déjà des mesures pour contrôler ce qu'elle nomme les "fausses nouvelles". L'article 27 condamne "la publication, la diffusion ou la reproduction, par quelque moyen que ce soit, de nouvelles fausses, de pièces fabriquées, falsifiées ou mensongèrement attribuées à des tiers". La loi précise également que "porter atteinte à l'honneur ou à la considération" d'une personne relève de la diffamation. 

-       Ensuite, la définition même d'une fausse information est imprécise. A l'origine, le texte visait à lutter contre "toute allégation ou imputation d'un fait dépourvu d'éléments vérifiables de nature à la rendre vraisemblable". Le rapporteur du texte, Naïma Moutchou, a finalement proposé une nouvelle définition : "Toute allégation ou imputation d'un fait, inexacte ou trompeuse, constitue une fausse information"Mais la vérité sort elle de la bouche du législateur ?

-       Enfin, la liberté de penser est sans limite, et seule la liberté d’expression doit être contenu et se conjuguer avec d’autres libertés inaliénables. Or j’ai droit de penser faux, j’ai droit de penser ce que je veux du moment que je l’exprime dans les limites fixées par la loi de 1881. En ne s’attaquant pas aux auteurs, en contraignant les internautes à dévoiler leur identité et les réseaux sociaux à sécuriser la création des profils, les dérives se poursuivront.

Nous pouvons agir à deux niveaux : en ne restant pas nous-mêmes anonymes et en n’apportant pas de crédit aux informations provenant de sources que nous ne connaissons pas ou qui refusent de s’identifier. La loi relative à la lutte contre les fausses nouvelles, si elle est adoptée, est appelée à rejoindre le panthéon des « lois inutiles ».

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