Qu'avons-nous fait de nos banlieues ?

Le triste anniversaire des dix ans des émeutes de Clichy-sous-Bois, est l'occasion de s'interroger sur 40 ans de politique de la Ville. La situation des banlieues s'est dégradée, certaines cités sont devenues des zones de non droit où règnent l'insécurité et les trafics de tout genre.


A qui la faute ?

Bien sûr, nos hommes et femmes politiques n'ont pour la plupart rien compris aux banlieues (qu'ils ne connaissent qu'en période électorale). Trois hommes d'état ou de gouvernement sortent du lot sur ces 40 dernières années:
1. Bernard Tapie qui a compris l'importance d'amener les entreprises au cœur des cités et de créer du lien via le sport;
2. Jean-Louis Borloo qui a engagé un grand plan de rénovation des "barres" tout en associant lutte contre la délinquance et lutte contre les discriminations;
3. Nicolas Sarkozy qui a su faire passer un message fort aux banlieues en ne s'adressant pas aux fouteurs de troubles mais à leurs victimes. Il associera à ce discours de fermeté les éléments économiques nécessaires au développement des cités.

Nous sommes, comme électeurs, responsables également de cette situation. En 40 ans, l'alternance gauche-droite s'est produite à 8 reprises laissant la droite au pouvoir 22 ans et la gauche 18 ans. L'instabilité politique voulue par les électeurs français est un frein à la conduite de mesures qui ne prennent leur sens qu'avec le temps.

Enfin et surtout, il y a ces hordes de voyous qui mettent en coupes réglées des quartiers entiers profitant de la peur et de la détresse de leurs habitants. Sur ce terreau fertile, nourri de trafics de stupéfiants, d'armes et de recels de toutes sortes, prospère et se développe l'islamisme radical, seule réponse offerte à une jeunesse en perdition.

Des dizaines de milliards d'euros (entre 100 et 200 milliards selon la Cour des comptes qui n'y retrouve même plus ses petits) ont été dépensés sans réel résultat.

Que faire ?

1. Réaffirmer la position "tolérance zéro" de Nicolas Sarkozy sur la délinquance (renforcer les effectifs de police urbaine dans les commissariats afin de doubler les BAC - et non combler le manque avec des CRS, augmenter le nombre d'officiers de police judiciaire spécialisés dans la lutte contre le trafic de drogues) et interdire les imams radicaux (organiser un islam de France avec un enseignement institutionnalisé; rendre obligatoire les prêches en langue française); imposer un couvre-feu pour les mineurs de 13 ans; interdire les rassemblements de plus de 10 personnes sans déclaration préalable.

2. Reprendre le plan Borloo dans son ensemble et faciliter l'installation de petits commerces et de très petites entreprises (via le micro crédit et des taux bonifiés - utilisation des ressources excédentaires du Livret A); faciliter l'accès à la propriété en proposant des prêts sur très longues durées et à taux non margés aux locataires de HLM afin qu'ils rachètent leur appartement (plutôt que de consentir des prêts aux offices HLM).

3. Revaloriser l'école et rendre perméable l'enseignement suivi avec la réalité économique afin d'encourager les vocations et les ambitions personnelles. Développer l'apprentissage et faciliter l'accès aux études supérieures via des bourses au mérite.

*** 

ANNEXE - RETOUR VERS LE FUTUR
 
Dans les années 60, les grands centres urbains, véritables dortoirs géants, sont une réponse apportée par un marché en pleine croissance à l'arrivée sur le marché du travail (et donc de l'équipement et du marché immobilier) de la génération du baby boom. Cet afflux de populations est accentué par l'arrivée massive des rapatriés consécutifs à la décolonisation et par celle d'immigrés qu'absorbe sans difficulté une économie florissante.
En 1973, né de la politique des années 60, une "crise urbaine" amène les pouvoirs publics à abandonner la construction de grands ensembles. Le premier plan banlieue apparaît en 1977. Suite aux émeutes à Vaulx-en-Velin de 1979 et des incidents (très médiatisés) de la cité des Minguettes à Vénissieux (1981), le gouvernement d'union de la gauche lance les programmes de développement social des quartiers (DSQ) afin de lutter contre la "ghettoïsation" et crée les Zones d'éducation prioritaires (ZEP).
En 1983, sensible à la Marche des "beurs" (pour l'égalité et contre le racisme) François Mitterrand lance le programme "banlieues 89" pour rénover et désenclaver les quartiers défavorisés. Après de nouveaux troubles à Vaulx-en-Velin, François Mitterrand annonce la création d'un ministère de la Ville. Des lois importantes sont votées pendant cette période (loi "anti-ghettos" et instauration d'une solidarité financière entre les communes.
En 1992, ministre de la Ville, Bernard Tapie présente un plan pour les banlieues proposant un partenariat avec les grandes entreprises et des projets d'intégration. Alain Juppé, premier ministre, met en place le pacte de relance de la ville qui met l'accent sur le développement économique et la lutte contre le chômage et redéfinit les quartiers considérés comme prioritaires. En 2000, la loi SRU (loi relative à la solidarité et au renouvellement urbain) oblige les communes de plus de 3.500 habitants à disposer d'au moins 20% de logements locatifs sociaux sur leur territoire.
 
La loi du 1er août 2003 d'orientation et de programmation pour la ville et la rénovation urbaine, dite "loi Borloo", marque un tournant: 
- programme national de rénovation urbaine (PNRU) avec pour objectif la construction de 200.000 logements sociaux et la démolition de 200.000 logements vétustes entre 2004 et 2008.
- création de l'Agence nationale de la rénovation urbaine (ANRU) pour sélectionner et financer les projets.
- mise en place de l'Observatoire national de la délinquance et de l'Observatoire des zones urbaines sensibles chargé d'évaluer les politiques sont mis en place. En 2004, la Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité des chances voit le jour.
 
Octobre 2005 débutent des émeutes à Clichy-sous-Bois où deux adolescents qui tentaient d'échapper à la police, trouvent la mort. Les troubles gagnent plusieurs villes de France. L'état d'urgence est proclamé le 8 novembre. Le gouvernement promulgue la loi pour l'égalité des chances du 31 mars 2006 (emploi et éducation). Fin 2007, pour la première fois, des armes à feu sont utilisées contre les policiers.

Persona non grata dans les banlieues défavorisées, Nicolas Sarkozy n'oublie pas les banlieues une fois élu président de la République. La dynamique "Espoir banlieues" en  juin 2008 vise à mobiliser plus largement l’ensemble des politiques de droit commun de l’Etat au service des projets locaux : l’emploi, le désenclavement, l’éducation et la sécurité ont été identifiés comme les champs prioritaires de l’action du gouvernement mais d'autres dispositifs visant à l’amélioration de la vie des habitants portent sur le cadre de vie, la sécurité, la vie associative, le logement, la santé, la culture... Mais le projet est trop lourd pour Fadela Amara, alors secrétaire d’Etat chargée de la Politique de la ville. Préoccupé par la situation internationale et la crise financière mondiale (subprimes, dettes souveraines, crises bancaires), Nicolas Sarkozy ne peut se consacrer au sauvetage du plan qui est un demi-échec.

Depuis 2012, la banlieue, terrain de jeu des socialistes, est à l'abandon. Connaissez-vous le nom de la personne en charge de la ville au gouvernement ?


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