« Le nez dans le ruisseau, c’est la faute à Sarko ! » : l’intervention en Libye


Nicolas Sarkozy a été élu président de la République il y a plus de 11 ans. Et pourtant, pas un sujet d’actualité où le nom de l’ancien président n’est cité. Tout est de la « faute à Sarko », comme si le quinquennat de François Hollande n’avait pas existé. Certes, celui-ci a été bien transparent, mais tout de même. 

Une nouvelle fois, le rôle de l’ « Aquarius » (navire affrété par l’association SOS Méditerranée et qui recueille les migrants) nous interroge sur l’inaction et le silence du président Macron. Cependant, les différents intervenants interrogés par les médias nous resservent le même discours : c’est Sarkozy qui a déstabilisé la région en intervenant militairement en Lybie en 2011.

À posteriori, il est facile de critiquer la décision d’intervenir prise par Nicolas Sarkozy. Mais, en 2011, quelle était l’alternative ?

Nicolas Sarkozy s’est retrouvé devant un choix tragique: soit laisser massacrer un million d’habitants de Benghazi, soit intervenir. Les bonnes âmes d’aujourd’hui souhaitaient-elles que l’on reste à l’écart ?

Ce que le président de la République ne savait pas à l’époque, quand il a pris la décision sous l’influence médiatisée de Bernard Henri-Lévy, c’est qu’il serait pris dans un engrenage militaire l’entraînant plus loin qu’il ne l’envisageait à l’origine. De la zone d’interdiction aérienne au-dessus de la Libye qui devait empêcher l’aviation de Kadhafi de bombarder les insurgés de Benghazi, on est passé à des opérations d’envergure sur l’ensemble du territoire libyen en appui aux forces rebelles et au renversement de Kadhafi.

Quand il s’était agi d’intervenir militairement en Libye, en mars 2011, pour empêcher l’écrasement de la rébellion de Benghazi, les responsables politiques français étaient quasiment unanimes. François Hollande en tête. Le 20 octobre 2011, le « Guide de la révolution » est retrouvé mort. Les circonstances exactes dans lesquelles il a été capturé, désarmé, torturé puis tué par des soldats du Conseil national de transition restent confuses. Toute la classe politique se félicite de la fin du régime libyen. Mais d’octobre 2011 à mai 2012, la France est en campagne présidentielle.  Les pérégrinations de DSK sont encore toutes récentes. Les socialistes innovent avec la primaire citoyenne. Le sujet de l’après Kadhafi ne semble intéresser ni les candidats, ni les électeurs.

Le 23 avril 2015, en marge d’un Conseil européen extraordinaire, François Hollande déclare vouloir « réparer les erreurs d’hier » et de s’interroger « comment se fait-il qu’après une intervention il y a plus de trois ans et demi il n’y ait eu aucune réflexion sur ce qui devait se passer après ? ». Ainsi, sans rire, François Hollande reprochait à la France 3 ans ½ d’inaction en Lybie alors qu’il était à la tête du pays depuis 3 ans ! A la mauvaise foi, il faudrait des limites.

Tous les experts militaires s’accordent à dire qu’il était irréaliste de penser envoyer une force internationale de stabilisation en Libye que ni les Américains, ni les Européens n’étaient en mesure de fournir (il aurait fallu mobiliser 300.000 à 500.000 hommes). Et quand bien même le Conseil de sécurité aurait donné son autorisation, la résolution 1973 sur la no-fly-zone, adoptée grâce à l’abstention de la Russie et de la Chine, auraient mis leur veto à une opération terrestre. Gérez l’après, on l’a constaté notamment en Irak après la chute de Saddam Hussein, n’est pas chose facile. Les Américains s’étaient embourbés et la stabilité de la région n’avait pas été rétablie. En mars 2011, l’intervention militaire était indispensable. Que se serait-il passé si Nicolas Sarkozy avait été réélu ? Nous ne le serons jamais…

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