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Affaire Griveaux: "Et la démocratie dans tout ça?"


Jean-Pierre Le Goff: «Affaire Griveaux, comment en est-on arrivé là?»
GRAND ENTRETIEN - Avec une rare finesse, l’intellectuel éclaire cette affaire en la replaçant dans le contexte d’un individualisme déstructuré, dépourvu d’affiliations collectives et de repères.
Figure importante de la vie intellectuelle française, Jean-Pierre Le Goff analyse les implications du choix de Benjamin Griveaux de renoncer à sa candidature à la mairie de Paris après la divulgation sur internet d’une vidéo privée à caractère sexuel. Le philosophe et sociologue juge scandaleuse la diffusion de cette vidéo et la qualifie d’«opération de déstabilisation politique». Il analyse la fabrique du ressentiment dans une partie de l’opinion, chauffée à blanc par la Toile et les réseaux sociaux. Il souligne les paradoxes d’une époque exhibitionniste, qui se prétend à la fois sans tabous et en quête de pureté, donc sans pitié pour les «fautifs». Et Jean-Pierre Le Goff souligne aussi la part de responsabilité d’une nouvelle génération de politiques qui ont cru habile de flatter ces nouvelles tendances de l’époque au lieu de s’y opposer.
LE FIGARO. - Que vous inspirent la divulgation d’une vidéo privée à caractère sexuel de Benjamin Griveaux et sa décision très rapide de renoncer à se présenter à la mairie de Paris?
Jean-Pierre LE GOFF. -Cette attaque contre Benjamin Griveaux et à travers lui des politiques est ignoble et constitue un nouveau pas dans le délitement des rapports politiques et sociaux dans une démocratie. Elles font suite aux attaques et aux menaces anonymes dont il a déjà fait l’objet. Fallait-il pour autant qu’il retire aussitôt sa candidature face à ce qui apparaît comme un chantage? Benjamin Griveaux a décidé de protéger sa famille. On le comprend, que l’on soit ou non d’accord avec ses idées politiques. Cette nouvelle «affaire» constitue une opération de déstabilisation politique dont l’enquête devra permettre de connaître les motivations et les mécanismes. Restent les questions: comment a-t-on pu en arriver là? Sur quel terreau sociétal et politique se produisent de telles attaques qui font sauter la distinction entre vie publique et vie privée, et s’ingèrent dans la vie intime des individus en les livrant au lynchage sur la place publique?
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Maxime Tandonnet: «Le scandale autour de Benjamin Griveaux fera une victime principale: la démocratie»
FIGAROVOX/ANALYSE - Pour Maxime Tandonnet, le séisme politique qui a eu raison de la candidature de Benjamin Griveaux va accentuer la déliquescence de la vie politique française.
La décision de Benjamin Griveaux de retirer sa candidature à la mairie de Paris embrase ce matin la société politico-médiatique et les réseaux sociaux. En cause: la diffusion de vidéos à caractère sexuel supposées compromettantes pour lui. De nombreuses imprécisions demeurent sur la nature des faits et les raisons de cette fuite. Pourtant, déjà, le lynchage-éclair bat son plein, impitoyable, foudroyant, implacable.
La tradition française de séparation de la politique et des affaires privées a volé en éclats sous les effets de l’américanisation de la société et des réseaux sociaux. Que reste-t-il de la traditionnelle indulgence nationale envers les frasques personnelles des responsables et dirigeants politiques? Le secret et la notion même d’intimité ont disparu. Toute scène entendue, filmée et volée, a vocation à être diffusée au monde entier. En France, le puritanisme américain a désormais pris possession des esprits. Pire: la négation de la vie privée et la banalisation du lynchage global, dans la jubilation méchante, sont les symptômes évidents d’une nouvelle barbarie totalitaire à laquelle, potentiellement, nul n’échappe.

David Desgouilles: «En France, contrairement aux États-Unis, on mettait des rideaux aux fenêtres!»
FIGAROVOX/ENTRETIEN - Le romancier David Desgouilles, qui avait imaginé en 2017 une fiction dans laquelle le «dérapage» d’un candidat politique précipitait sa chute, s’inquiète de l’effacement des frontières entre la vie publique et l’intimité.
FIGAROVOX.- Dans un roman que vous avez publié en 2017, «Dérapage», vous imaginiez la chute d’un chroniqueur politique qui a tenu des propos graveleux sur un plateau télévisé, pensant que son micro était coupé. Le scandale qui atteint aujourd’hui Benjamin Griveaux semble révéler qu’en politique, le micro n’est jamais coupé: l’effacement de la frontière entre vie intime et vie publique est-il consommé?
David DESGOUILLES.- Non seulement, il est consommé mais cela ne touche pas que la sphère politique. Je me permets de rappeler ce qui est arrivé à un couple qui dirigeait un supermarché Super U dans le sud de la France. Des justiciers du net avaient réussi à récupérer une photo de vacances dans un safari. Ils l’avaient diffusée, ce qui avait provoqué un lynchage sur les réseaux sociaux. Super U leur a ensuite montré la direction de la porte.
Pour ces justiciers qu’on appelle «Social Justice Warriors» (SJW) aux États-Unis, le principe cardinal de séparation entre vie publique et vie privée ne pèse rien face à la cause qu’ils défendent.

Olivier Babeau: «La transparence est devenue incontrôlable»
FIGAROVOX/ENTRETIEN - L’essayiste Olivier Babeau analyse les mutations profondes révélées par la décision de Benjamin Griveaux de se retirer de la bataille des municipales.

LE FIGARO. - Benjamin Griveaux a renoncé à briguer la Mairie de Paris suite à la diffusion sur les réseaux sociaux de vidéos à caractère sexuel. Qu’en penser?
Olivier BABEAU. - Les responsables politiques doivent comprendre qu’il n’y a plus de vie privée pour eux. Toute conversation, ou presque, tout échange numérique est susceptible d’être divulgué. Ce ne sont pas seulement l’étendue et le caractère incontrôlable de la diffusion qui sont nouveaux, mais aussi la façon dont ces informations sont reçues. Autrefois les gens acceptaient implicitement la duplicité de l’homme politique. Des rumeurs ont toujours couru sur les frasques de tel ou tel. Les milieux autorisés ont toujours su. Mais le domaine de l’intime, dont la vie sexuelle fait évidemment partie, était dans notre culture entièrement séparé de la sphère publique. On peut s’interroger sur les causes de cette spécificité française. Elle est sans doute liée à l’ethos catholique qui fait des vices une affaire privée entre Dieu et nous, et non un fait à confesser en public comme chez les protestants. Ensuite, la culture curiale qui s’est épanouie à Versailles et diffusée dans toute la société a consacré la différence entre l’existence sociale comprise comme représentation forcément idéalisée de soi, et l’existence privée. Les rois en avaient donné l’exemple avec leurs maîtresses.

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