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Adèle Van Reeth : Comment se réconcilier avec la vie ordinaire?


FIGAROVOX.- Qu’est-ce que l’ordinaire? En quoi se différencie-t-il du banal? Et du quotidien?

Adèle VAN REETH.-
Étymologiquement, «ordinare» signifie «mettre en ordre» en latin. Mais que met-il en ordre? J’ai donc procédé par la négative: s’il est difficile de définir l’ordinaire, commençons par le distinguer de ce qu’il n’est pas. Le langage courant identifie l’ordinaire et le banal, or il me semble que l’ordinaire est tout sauf banal. Dès que l’on met le nez dedans, on se rend compte que ce que l’on appelle l’ordinaire est une dimension de la réalité que l’on ne connait pas, parce qu’on ne prend pas le temps de l’explorer. De même, je distingue l’ordinaire du quotidien: le quotidien, c’est le rythme que je donne à mes journées, et je peux facilement le décrire. L’ordinaire, à l’inverse, semble à la fois évident et insaisissable. D’où l’hypothèse que je formule: l’ordinaire est un rapport au monde dans lequel le réel nous apparaît pour ce qu’il est. Rien d’autre que ce que nous avons devant les yeux. Cette évidence a quelque chose d’insolent, et peut produire des réactions de rejet assez violentes.

Le livre raconte l’histoire d’une narratrice - vous? - cherchant une prise avec le réel, désireuse de se sentir durablement bien «quelque part» mais qui n’arrive pas à supporter l’ordinaire, c’est-à-dire «le langage qui tourne en boucle, les mots prévisibles qui déclenchent aussitôt une lassitude monumentale», tous les moments qui dans un film «ne sont pas retenus au montage». Ces moments «inutiles» ne sont-ils pas inhérents à la vie quotidienne?

C’est précisément parce qu’on ne peut pas s’en défaire qu’ils peuvent être insupportables! La vie ordinaire nous accompagne où que nous soyons, quel que soit le lieu de vie et la personne avec qui nous vivons. La vie ordinaire considérée pour elle-même n’est pas un problème, c’est quand elle devient l’unique horizon de nos journées ou de nos vies qu’elle devient problématique. J’ai construit le texte de manière à rendre les plus sensibles possible ces scènes de la vie que nous avons tous vécues mais sur lesquelles nous ne mettons généralement aucun mot. D’où l’utilité pour moi de dire «je», de manière à saisir ces expériences dans ce qu’elles ont de plus intime - et donc de plus universel.

"La vie ordinaire est une vie d'hypocrite. On fait comme si c'était "déjà ça" de vivre "tranquillement", comme si on ne voulait pas d'aventure. Comme s'il suffisait de se la couler douce dans les plis du laisser-être pour atteindre la tranquillité tant recherchée. Sauf que la plupart du temps, on n'y arrive pas. Puisque l'existence humaine est à la fois provisoire et continue, puisque rien ne dure et que le temps ne se retient pas, la tranquillité n'est pas de ce monde. Et c'est tant mieux. Que le dard de l'intranquillité vous pique encore et encore ! Demandez-vous, au moins une fois, si le nombre d'années parcourues, les épreuves et les angoisses endurées, si vous avez vécu tout ça pour vous réfugier dans la mauvaise foi de l'émerveillement ordinaire, sans jamais vouloir fouiller en dessous, remuer la vase qui étouffe vos désirs et vous fait croire qu'être quelqu'un, c'est peser lourd, et s'accrocher aux horaires comme si la vie en dépendait".

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