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Mathieu Laine: «La Tache, de Philip Roth ou le piège de l’émotion reine»


À l’heure où l’on déboulonne des statues, la lecture du roman de Philip Roth fortifie contre un grand danger: se considérer comme un héros chargé d’épurer l’histoire et tenir l’avis contraire au sien pour haïssable, explique le chroniqueur. Nous vivons dans un monde de cycles courts. Une mare aux cygnes noirs dans laquelle nous sommes contraints de nous baigner. Les économistes qualifient de «stochastiques» ces temps où l’on enchaîne les crises inattendues. Devant tant d’instabilité et d’imprévoyance structurelle, alors que nous sommes habités par des sentiments contrariés, la tentation est grande de nous réfugier dans le royaume de l’émotion.

Porté par elle, séparant sans nuance les sujets, les attitudes et les situations, donner un sens à sa vie, à ses élans, paraît plus aisé. L’on fait corps, même dans la solitude de sa chambre, d’un simple hashtag bien envoyé. Cela fait du bien d’être du côté du bien. Comme en ces temps lointains où la faucille et le marteau flottaient aux rues de Saint-Germain-des-Prés. Ne nous méprenons pas. L’émotion, l’indignation et l’empathie sont essentielles à l’action juste. La froideur désincarnée est le propre de l’inhumanité, le moteur de l’arrogance et de la geste tyrannique. Faire de la bienveillance un axe de société n’est en rien une erreur, surtout au temps de l’intelligence et de la créativité collectives. Les sciences cognitives en attestent.

En revanche, il est un piège dans lequel il ne faut pas sombrer et que l’ironie, le génie sarcastique, en un mot la lucidité des grands romanciers, parviennent à traquer: offrir à l’émotion le sceptre et la couronne. La faire régner sur tout, jusqu’à fragiliser nos digues, alimentant ainsi le feu
des brasiers despotiques en pensant, sincèrement, contribuer à les éteindre.



À la veille de la retraite, un professeur de lettres classiques, accusé d'avoir tenu des propos racistes envers ses étudiants, préfère démissionner plutôt que de livrer le secret qui pourrait l'innocenter.
Tandis que l'affaire Lewinski défraie les chroniques bien-pensantes, Nathan Zuckerman ouvre le dossier de son voisin Coleman Silk et découvre derrière la vie très rangée de l'ancien doyen un passé inouï, celui d'un homme qui s'est littéralement réinventé, et un présent non moins ravageur : sa liaison avec la sensuelle Faunia, femme de ménage et vachère de trente-quatre ans, prétendument illettrée, et talonnée par un ex-mari vétéran du Vietnam, obsédé par la vengeance et le meurtre.

Après Pastorale américaine et J'ai épousé un communiste, La tache, roman brutal et subtil, complète la trilogie de Philip Roth sur l'identité de l'individu dans les grands bouleversements de l'Amérique de l'après-guerre, où tout est équivoque et rien n'est sans mélange, car la tache "est en chacun, inhérente, à demeure, constitutive, elle qui préexiste à la désobéissance, qui englobe la désobéissance, défie toute explication, toute compréhension. C'est pourquoi laver cette souillure n'est qu'une plaisanterie de barbare et le fantasme de pureté terrifiant."

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