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Père Emmanuel-Marie et Pascal Bruckner: «Ce virus a révélé la fragilité de notre société»

LE FIGARO.- Cette crise du coronavirus a montré que l’ensemble de nos sociétés étaient prêtes à tout stopper pour préserver les plus faibles. N’est-ce pas un signe de civilisation? Ce souci vient-il selon vous de notre héritage chrétien?
Père Emmanuel-Marie LE FÉBURE.- Oui, c’est un très beau signe. Je me souviens de cette phrase de Mère Teresa: «On juge une civilisation à la manière dont elle traite ses membres les plus faibles.» La grandeur d’une société réside dans sa capacité à mettre sa puissance au service des plus vulnérables. Il nous faut rendre hommage aux soignants et à tous ceux qui ont pris des risques. Ils ont prouvé que notre société a encore du courage et le sens du sacrifice. Et pourtant, «sauver des vies à tout prix» est un slogan qui peut s’avérer problématique si la vie se résume à une statistique pour le journal télévisé du soir. La vie, pour la civilisation chrétienne, c’est bien plus qu’un chiffre de personnes épargnées par la mort dans une vision purement biologique et comptable. La vie ne se réduit pas une fuite éperdue de la mort ; la vie, c’est l’éternité en devenir. L’autorité politique qui a la charge du Bien commun doit tenir compte de l’économie, de l’éducation, des relations sociales, mais aussi laisser une place à l’espérance. Une peur excessive de la mort biologique peut faire oublier ce qui est le propre d’une vie humaine.
Pascal BRUCKNER.- Effectivement, ce libéralisme qu’on disait inhumain- souvenez- vous du slogan du NPA «Nos vies valent mieux que leurs profits» - a abandonné ses principes de rentabilité pour sauver des corps. Le christianisme disparaît d’une société où les valeurs chrétiennes ont tellement infusé que nous sommes chrétiens dans tous les sens du terme, y compris lorsque nous ne croyions plus. La valeur évangélique qui a triomphé pendant cette période, c’est le commandement de la charité. Des gens se sont dévoués corps et âme chez les soignants mais aussi dans les métiers les plus humbles, éboueurs, livreurs, caissières qui ont permis de tenir la nation. Sans la ténacité de tous ces invisibles, le pays sombrait. Cependant, le sauvetage de la vie pour la vie a rencontré des oppositions. Un reproche de «sacrifice générationnel» est apparu dès la fin mars: on tuait l’avenir de la jeunesse pour maintenir debout des septuagénaires égrotants. Même des philosophes humanistes ont dénoncé cette inversion des priorités. On n’aurait pas dû confiner, le port du masque est une insulte à la liberté. Une génération de fiers-à-bras affirme rétrospectivement qu’on aurait dû prendre davantage de risques et tant pis pour les pertes. Il est facile d’être lucide après la bataille. Dans les situations de crise, il faut toujours revenir au mot de Raymond Aron: à la place du gouvernement qu’aurais-je fait? Face à une maladie qui a révélé l’homme dans sa nudité, l’humilité me paraît préférable à la fanfaronnade.
E.-M. LE F. - Ce qui me paraît paradoxal, c’est que certains relais politiques et associatifs puissants se font les avocats d’une demande d’euthanasie de plus en plus forte, à propos des personnes pour lesquelles on a arrêté la société entière pendant cette crise. Il y a une incohérence: pourquoi serait-il légitime de faire mourir de façon aseptisée, médicalisée, rationalisée ceux-là mêmes pour qui beaucoup se sont sacrifiés?
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