Comment expliquer le renoncement politique sur les missions régaliennes de l’Etat ? - Par Christophe de Voogd

Que ce soit sur les missions régaliennes traditionnelles de l'État, mais aussi sur l'éducation et la santé, le macronisme engendre une certaine forme de renoncement politique provoqué par un déni de réalité et un mépris de ce que vivent les Français, notamment les plus modestes. Mais force est de constater que ce déni et ce mépris dépassent de loin la macronie et caractérisent aussi le discours médiatique dominant (de gauche radicale), alors que les Français, dans leur grande majorité, donnent désormais la priorité à la protection du pouvoir d’achat, devenu le principal « sujet régalien » au détriment de tous les autres.

Atlantico : A quel point observe-t-on actuellement un renoncement politique sur les missions régaliennes de l’Etat ?

Christophe de Voogd :
Il faut d’abord s’entendre très précisément sur ce qu’on entend par « les missions régaliennes de l’Etat », dans lesquelles la tendance actuelle est de mettre à peu près tout, jusqu’à notre régime alimentaire ! En tant qu’historien ma réponse est claire : « régalien » renvoie à « royal » et donc aux missions de sécurité (intérieure et extérieure) et de justice (prérogative première des rois de France qui a entraîné toutes les autres). L’héritage révolutionnaire y a ajouté l’éducation et la santé, ayant marginalisé l’Eglise dans ces deux domaines où elle avait la primauté. Deux domaines où le devoir de l’Etat est essentiel, comme le veut aussi la tradition libérale, mais qui se distingue fondamentalement des deux premiers en ce qu’il s’agit ici d’ « objectifs fondamentaux » (comme vient de le rappeler le Conseil constitutionnel à propos de la santé publique) mais qui n’impliquent pas le caractère public des moyens qui y sont affectés : et cela à la différence des missions de sécurité et de justice où les agents et le droit applicable sont, eux, intégralement publics. En termes plus simples, il y a un enseignement privé et une médecine privée en France, mais pas d’armée, de police ou de justice privées. Or l’on mesure que le pouvoir actuel, dans son double programme présidentiel et législatif - programme d’ailleurs très flou - ne parle explicitement que de santé et d’éducation (en plus de l’écologie), et ne fait donc pas, de son propre aveu, une priorité des missions régaliennes traditionnelles : ou plus exactement il se contente d’en augmenter les moyens mais ne se soucie pas de leurs résultats. D’où l’augmentation des crédits et des agents pour la police, la justice et l’armée, mais sans aucun changement de leur « doctrine d’emploi ». Autrement dit la question du but et de l’efficacité de ces missions régaliennes est tout simplement évacuée.