Quelle politique étrangère pour la France ? - Par Renaud Girard
Grand reporter au Figaro depuis 1984, Renaud Girard a couvert la quasi-totalité des conflits et des grandes crises politiques de la planète y compris la guerre en Ukraine en 2022. À l’aube d’un nouveau quinquennat d’Emmanuel Macron et alors que l’Europe est plongée dans une guerre longue en Ukraine, il analyse pour Conflits la place de la France dans le monde d’aujourd’hui.
Quel bilan dressez-vous de la politique étrangère menée par Emmanuel Macron lors de son premier quinquennat ?
D’une certaine manière, au moins au début de son quinquennat, Emmanuel Macron a suivi ce qu’avait fait Sarkozy. Il avait beaucoup de mépris pour la politique intérieure et extérieure menée par Hollande. Sarkozy avait fait deux choses importantes au début de son mandat : une mesure pour sauver l’Europe et une autre pour se rapprocher de la Russie. Macron a fait exactement la même chose. Il s’est concentré sur le rôle de la France dans l’Union européenne dès le discours de la Sorbonne en septembre 2017. La seconde mesure, ce sont les bonnes relations avec la Russie. Dès 2008, quand il est président de l’Europe, Sarkozy arrive à négocier avec Medvedev et Poutine pour que les chars russes n’entrent pas à Tbilissi. C’est un succès. De la même manière, le premier acte de la politique étrangère d’Emmanuel Macron est d’inviter Vladimir Poutine à Versailles pour l’inauguration d’une exposition consacrée au 300e anniversaire des liens diplomatiques franco-russes. Macron s’est beaucoup impliqué pour cette politique : il s’est rendu lui-même à Saint-Pétersbourg où il s’est entretenu longuement avec Poutine et a rencontré sa famille, il a ensuite invité Poutine à dîner en tête-à-tête à Brégançon puis a organisé une rencontre à Paris entre Poutine et Zelensky qui s’est d’ailleurs mal passée.
Évidemment, cette politique russe a aujourd’hui échoué, car elle n’a pas empêché la Russie d’envahir l’Ukraine. Toutes les entreprises françaises qui avaient investi en Russie sous les encouragements de Macron ont été obligées de se retirer du territoire russe. Elles n’ont pas été contraintes par Macron, mais par peur des représailles du Trésor américain. En fait, la politique française en Russie est en cendres.