Fin des restrictions sanitaires : mais comment expliquer que les Français aient accepté autant d’atteintes à leurs libertés ? - Par Chantal Delsol, Christophe de Voogd
La loi du 30 juillet 2022 a mis fin aux régimes d'exception créés pour lutter contre l'épidémie de Covid-19 et a abrogé, depuis le 1er août 2022, les dispositions relatives à l'état d'urgence sanitaire et à la gestion de la crise sanitaire. Placer ces décisions sous l’égide du « bien commun » a-t-il empêché toute débat de fond sur la justification des atteintes aux libertés ?
ENTRETIEN AVEC CHANTAL DELSOL
Chantal Delsol : Bien sûr on peut commencer aujourd’hui, avec davantage de recul, à tirer des leçons de cette crise de deux ans. Je crois que les conséquences morales et psychologiques sont désastreuses, parce que les gouvernants n’ont pas pris la bonne mesure des choses. Ils ont traité la pandémie de Covid comme s’il s’agissait de la peste bubonique : tout a été excessif et l’affolement a été mauvais conseiller. Une pandémie de Covid n’est pas la guerre, quoiqu’en ai dit notre président. Une guerre est quelque chose de beaucoup plus grave – comment nos gouvernants vont-ils réagir quand ils se trouveront devant une vraie guerre ? Affolés, nos gouvernants ont été jusqu’à interdire les comportements les plus simplement humains et les plus nécessaires – les personnes âgées privées de visite, les familles privées de voir leurs mourants : tout cela sera compté comme la folie honteuse de gouvernements récusant la simple morale par affolement. Enfin, les gouvernants affolés n’ont cessé de nous mentir (inutile de rappeler les mensonges que chacun connait bien), et par là, ont perdu tout à fait la confiance d’une grande partie de leurs concitoyens. Ce n’est pas un hasard si aux dernières élections, la moitié de la population française a voté pour des partis extrêmes, qui se caractérisent avant tout par la défiance. Rien de bon ne pourra sortir de tout cela.
ENTRETIEN AVEC CHRISTOPHE DE VOOGD
Christophe de Voogd : Rappelons tout d’abord que la nécessité de passer par la loi a toujours été respectée, y compris pour proroger l’état d’urgence sanitaire. C’est normal et heureux, vu les prérogatives constitutionnelles du législateur en la matière. Mais ce qui veut aussi dire qu’une nouvelle loi pourra rétablir ce que la loi vient de supprimer. En tout cas, la France aura été l’une des démocraties soumises à l’un des régimes de restriction des libertés les plus sévères, sans que cela ait provoqué de vrais problèmes - sauf tardivement sur la vaccination - à la différence de l’Espagne, de l’Australie et même de l’Italie.