Renée Fregosi: «La gauche laïque doit nommer l'offensive islamiste pour ce qu'elle est»

La philosophe analyse «l'islamo-négligence» d'une partie de la gauche qui, sans soutenir l'islamisme comme d'autres à gauche, n'ose pas pour autant s'y opposer.


Renée Fregosi est philosophe et politologue. Elle a publié Comment je n'ai pas fait carrière au PS. La social-démocratie empêchée (Balland, 2021).

Les prises de position liberticides, misogynes et antisémites de l'islamo-gauchisme scandent l'actualité. Que la gauche autoritaire, hier bolchevique, aujourd'hui woke, décoloniale, antisioniste, ait partie liée avec l'islam politique, c'est historique et plutôt cohérent. Instrumentalisation mutuelle pour manœuvrer une même base sociologique et convergence idéologique antidémocratique, pro-palestinisme partagé et fascination similaire pour la violence «révolutionnaire».

L'islamo-gauchiste, défini par Pierre -André Taguieff, assimile ainsi l'islamisme à l'islam, l'islam aux populations immigrées maghrébines et africaines, et les immigrés aux nouveaux «damnés de la terre». Et en cela, l'extrême gauche entre absolument dans le jeu des islamistes eux-mêmes en lutte contre les sociétés occidentales. Retrouvant la logique des «avant-gardes» minoritaires qui prétendent réaliser la «jonction avec le peuple» en investissant des mouvements nationalistes de masse comme par exemple le mouvement péroniste en Argentine, cette gauche considère volontiers les mouvements islamistes comme un cheval de Troie pour sa propre stratégie anticapitaliste. L'islamisme est pour eux un allié «objectif» contre l'Occident conspué dans une haine de soi qui rappelle celle qui animait hier les marxistes bourgeois rachetant leur faute d'appartenance sociale honnie en allant convertir les masses prolétariennes jusqu'à «l'établi» des usines.

On connaît également l'islamo-complaisance clientéliste -de droite comme de gauche- qui prône le «pas de vague» et le «rien à voir avec l'islam». Céline Pina l'a bien décrit.

On dénonce moins l'islamo-négligence, qui minimise la dangerosité de l'islamiste: l'islamisme serait un phénomène secondaire, voire négligeable au regard de la menace de l'extrême droite. Une variation de ce type de position consiste dans l'invention de «la tenaille identitaire». Les renvoyant dos à dos, accusées ensemble de s'entretenir mutuellement, les deux menaces sont présentées comme antagonistes et symétriques, et le danger de l'extrême droite fait immanquablement pendant, dans ce discours, aux assauts islamistes.

Pourtant c'est l'islamisme qui tue, persécute et terrorise les musulmans non conformes, les Juifs, les chrétiens, les Yézidis, les apostats, les athées, les libres penseurs et tous les vecteurs de la liberté d'expression. Pas tant les groupuscules néonazis lorsqu'il en reste. La menace constante sur l'existence de l'État d'Israël et sur la vie des Israéliens, c'est l'extrémisme musulman avec ses roquettes, ses assassins au couteau et la recherche de l'arme nucléaire. Plus tant les alliés nazis du nationalisme arabe d'hier. L'ennemi en première ligne contre la laïcité aujourd'hui, c'est l'islamisme. Moins l'extrême droite, qui en a même fait sa nouvelle mascotte.