«Une dissolution de l’Assemblée pour sortir de “l’hiver du mécontentement”»? - Par Christophe de Voogd
Face à des oppositions moribondes et désordonnées, Emmanuel Macron aurait de bonnes raisons de considérer une dissolution au printemps 2023 comme un pari, certes risqué, mais gagnable, analyse l’historien Christophe de Voogd, président du conseil scientifique et d’évaluation de la Fondation pour l’innovation politique.
La cause semble entendue: le succès de la journée d’action du 19 janvier, le rejet massif et têtu du projet de réforme des retraites, la perspective de sérieuses perturbations dans la rue et dans les services publics, tout conforte l’idée que l’exécutif est en bien mauvaise posture. D’autant qu’il doit faire face («en même temps») à plusieurs crises, de l’Ukraine à l’énergie en passant par l’inflation: à quoi pourrait vite s’ajouter celle de notre dette abyssale, avec la nette remontée des taux d’intérêt. Pire encore: la cacophonie gouvernementale, alternant vœux pieux, maladresses et volte-faces, tandis que des réserves s’expriment au cœur même de la macronie, accroît le divorce avec l’opinion. Face à ce «winter of discontent» (hiver du mécontentement), le roi serait-il près de se retrouver sans cheval au cœur de la bataille, comme le Richard III de Shakespeare?
Or ce cheval providentiel pourrait bien, en l’occurrence, être la dissolution de l’Assemblée nationale. Certes, et curieusement au vu de tous les orages annoncés - et désirés par certains -, le consensus demeure quant au maintien du calendrier électoral, sagement rythmé par les européennes de 2024, les municipales de 2026, en attendant la double apothéose, présidentielle et législative de 2027. Comme si (presque) tous s’accordaient pour diagnostiquer des temps plus imprévisibles que jamais, tout en considérant que le calendrier politique français restait, lui et lui seul, gravé dans le marbre.
Ce paradoxe pourrait s’expliquer par la fréquente confusion dans nos esprits entre le souhaitable et le probable - seul objet de l’argumentation selon Aristote. Or, à la mesure même des crises en cours ou imminentes, la situation politique du pays pourrait bien connaître des soubresauts majeurs. Et la dissolution de l’Assemblée nationale (au printemps prochain?) fait bel et bien partie de ces probabilités: le président n’a-t-il pas rappelé à plusieurs reprises ce pouvoir constitutionnel qui lui donne, avec le référendum, une réelle marge de manœuvre? Or le contexte général pousse à une telle dissolution ; et le pari, s’il est risqué, est gagnable par l’exécutif.
Le contexte y pousse, car Emmanuel Macron ne pourra pas gouverner jusqu’à la fin de son mandat avec une majorité relative. L’on a beau rappeler les nombreux usages du 49.3 par Michel Rocard, comparaison n’est pas raison: l’ambiance du pays et la composition des deux Assemblées sont fort différentes ; la restriction du champ du 49.3 depuis 2008, devenu un «fusil à un seul coup» (hors textes financiers), limite le champ des possibles. Prise entre le marteau d’une rue rebelle et l’enclume d’une Assemblée rétive, la réforme des retraites pourrait d’ailleurs en faire très vite les frais.
Emmanuel Macron aurait d’autres motifs de considérer une dissolution au printemps 2023 comme un pari jouable. En raison de l’impréparation de LR; mais aussi de l’état encore pire de la Nupes...