ALGÉRIE, TURQUIE, IRAN... Ces ingérences étrangères qui expliquent (aussi) les émeutes - Par Thibault de Montbrial

Les gouvernements de plusieurs pays se sont alarmés de la mort de Nahel et des émeutes ayant suivi. Mais les réseaux d'influence informels de ces états ont aussi alimenté la contestation.


Atlantico : L'Iran, la Turquie et l'Algérie ont réagi dans le contexte des émeutes. Dans quelle mesure cela va-t-il au-delà d'une simple constatation ? Peut-on réellement parler d'ingérence et dans quelle mesure ces pays cherchent-ils à influencer ce qui se passe actuellement ?

Thibault de Montbrial :
L'ingérence est une réalité dans les relations internationales complexes. Lorsqu'un pays est en difficulté, ceux qui entretiennent des relations conflictuelles avec lui ont tendance à exploiter ces difficultés à travers leurs relais dans le pays. C'est particulièrement vrai dans le contexte actuel et il ne fait guère de doute qu'il y a eu plusieurs cas d'ingérences suite aux émeutes. Tout d'abord, il y a eu une déclaration officielle du ministère des Affaires étrangères algérien, ce qui constitue en soi une ingérence (et qui établit par ailleurs un lien de fait entre les émeutes et l’immigration). De plus, compte tenu de l'importante population algérienne et binationale en France, grâce aux accords favorables de 1968, il existe une tendance régulière à exercer une influence et une ingérence sur ce type de faits.

Par quels relais se matérialisent ces ingérences ?

Il existe des relais puissants de l'ingérence, qu'il s'agisse d'associations culturelles, cultuelles ou d'autres entités. Ces relais ont des liens notoires et étroits avec les services algériens. Ainsi, pour l'ensemble de ces raisons, l'ingérence algérienne est indéniable, et un article paru sur Maghreb Intelligence le souligne par ailleurs très bien. Elle a notamment eu lieu en ligne, avec des trolls et des influenceurs mobilisés en masse. Cet article pose également l'hypothèse que l'Algérie serait d'autant plus engagée dans la déstabilisation de la France qu’elle s’est rapprochée de la Russie. On sait aussi que c’est l'intérêt objectif des Russes de mettre en difficulté les pays qui livrent des armes à l'Ukraine. Les Russes ont toujours eu recours à des stratégies de guerre hybride, allant au-delà des affaires purement militaires, pour tenter de gêner et de déstabiliser leurs adversaires. Objectivement, les pays qui fournissent des armes à l'Ukraine sont parmi les plus concernés. Cela concerne donc l'Algérie et la Russie. Quant à la Turquie, elle est engagée depuis longtemps dans des entreprises de déstabilisation en Allemagne et en France, notamment par le biais d'une institution appelée le Diyanet, qui pourrait être traduite par la "Présidence des Affaires religieuses" et dont le budget est supérieur à celui du ministère des Affaires étrangères turques. Il s’occupe des liens avec les très nombreuses associations cultuelles turques présentes dans différents pays européens, à commencer par l’Allemagne et la France. L’influence turque est très présente en France est très largement supérieur à la représentation proportionnelle des immigrés turques en France par rapport aux autres immigrés.