Anne de Guigné: «Les émeutes, un nouveau révélateur de l’échec de l’État-providence français»

Champion autoproclamé de «la désassignation à résidence», Emmanuel Macron a échoué sur le terrain qu’il chérissait tant: l’émancipation individuelle.


Que pense Emmanuel Macron des nuits d’émeutes qui ont suivi la mort du jeune Nahel Merzouk? Il faudra attendre encore quelques jours pour le savoir, a prévenu hier l’Élysée. Immigration, éducation, inégalités, politique de la ville et politique pénale… Le président ne manque pas d’angles pour préparer sa prochaine allocution devant les Français. S’il veut prendre toute la mesure de cette explosion de violence, il ne pourra pas non plus s’épargner un diagnostic trop longtemps repoussé: le si coûteux État-providence à la française ne fonctionne pas.

Les images de mairies et de magasins saccagés l’ont démontré rudement, comme l’avait fait fin 2018 la crise des «gilets jaunes»: la préférence nationale pour un traitement social de tous les maux du pays, qui perdure depuis quarante ans, n’apporte aucune perspective aux populations concernées. Cette potion sucrée qui grève dangereusement les finances publiques et limite les marges de manœuvre pour les nécessaires investissements de long terme - réformes de l’école, de la santé, organisation des transitions énergétiques et numériques - devait au moins assurer la paix sociale. Le succès est parfait.

Champion autoproclamé de «la désassignation à résidence», Emmanuel Macron a échoué depuis six ans sur le terrain qu’il chérissait tant de l’émancipation individuelle. La multiplication des crises, du Covid à l’Ukraine ne l’a certes pas aidé, mais le constat est implacable. La France présente depuis quelques décennies un profil très particulier au sein de l’OCDE: le pays se distingue par l’ampleur de ses mécanismes de redistribution qui viennent corriger des inégalités primaires particulièrement élevées, liées en grande partie à la faiblesse de notre Éducation nationale.