20 août 1153 : Bernard de Clairvaux, « la chimère de son siècle »
Le mot de Laurent Sailly pour le blog Grandes Chroniques de
France
Bernard naît en 1090 à Fontaine, près de Dijon, dans
une moyenne noblesse liée à de grandes maisons féodales. Sa mère, femme
d’une vertu exceptionnelle, marque profondément son enfance. Il étudie
chez les chanoines de Saint-Vorles, acquérant un solide latin mais
rejetant la culture profane. Après la mort de sa mère, il mène une brève vie
mondaine avant de s’orienter vers la vocation religieuse.
En 1112, Bernard entre à Cîteaux, abbaye
prônant une ascèse rigoureuse, entraînant trente compagnons avec lui. En
1115, il fonde l’abbaye de Clairvaux, dont il restera abbé
jusqu’à sa mort en 1153. Son dynamisme permet l’essor spectaculaire de l’ordre
cistercien : 350 maisons à sa mort, dont 160 issues de Clairvaux.
Bernard est décrit comme un homme de sainteté réelle,
d’une activité inlassable, mais aussi d’une sensibilité vive pouvant
mener à des attitudes rigides ou violentes. Orateur puissant, nourri de
l’Écriture, il influence profondément la mystique médiévale, notamment par ses sermons
sur le Cantique des cantiques.
Bernard intervient dans toutes les grandes affaires
ecclésiastiques du XIIᵉ
siècle :
·
Élections épiscopales contestées, où il
soutient les candidats jugés les plus saints ;
·
Schisme de 1130 : il appuie Innocent
II contre Anaclet II, influence Louis VI, l’empereur Lothaire III,
et participe au concile de Pise (1135) ;
·
Lutte contre les hérésies, notamment les
cathares, qu’il combat par la prédication dans le Midi ;
·
Affaire Abélard : il obtient la
condamnation de plusieurs propositions du philosophe en 1140–1141.
Conseiller d’Innocent II puis d’Eugène III, il
rédige pour ce dernier le traité De consideratione, exposant les
exigences spirituelles de la charge pontificale. Il intervient dans des
affaires politiques : médiation entre Louis VII et le comte de Champagne,
réserves sur le mariage de Louis VII et Aliénor d’Aquitaine, tentatives de
conciliation entre princes.
Bernard rédige dès les années 1128–1136 le De laude novae
militiae pour les Templiers. En 1146, il lance la prédication de la deuxième
croisade à Vézelay, puis parcourt la France et l’Allemagne. Après l’échec
de l’expédition, il tente de maintenir l’élan, mais la nouvelle opération
envisagée en 1150 n’aura pas lieu.
Malgré une influence immense, plusieurs de ses entreprises
échouent : schisme résolu par la mort d’Anaclet, condamnation d’Abélard peu
suivie, croisade désastreuse. Il marque néanmoins durablement l’Église et la
pensée médiévale. Il meurt le 20 août 1153 et est canonisé en 1174.
Connaisseur sans pareil du XIIe siècle et écrivain de talent, Pierre Aubé nous offre un « Bernard de Clairvaux » (Fayard) éclairé de plusieurs décennies de recherches. Un « Bernard » charismatique qui pèse sur son temps plus que quiconque. Un « Bernard » controversé mais qui reste un homme d’un monde occidental difficile d’accès à nos yeux d’hommes du XXIème siècle.
Éditeur : Fayard (3 novembre 2003)
Langue : Français
Broché : 736 pages
ISBN-10 : 221361539X
ISBN-13 : 978-2213615394
Poids de l'article : 693 g
Dimensions : 13.5 x 3 x 21.5 cm
