4 août 1914 : La Guerre en "Une" de la presse française


« L’ambassadeur d’Allemagne a quitté Paris hier soir », titre Le Petit Parisien de ce 4 août 1914. Commentaire du journal deux colonnes plus bas : « Ce départ qui, en d’autres circonstances, eut pu revêtir un certain cachet de grandeur, fut lugubre, sinistrement lugubre ». Il est vrai que Monsieur de Schoen avait été reçu peu de temps auparavant par le président du Conseil et ministre des Affaires étrangères René Viviani, et qu’il lui avait remis une note dans laquelle le gouvernement allemand le chargeait de déclarer à la France qu’il se considérait en état de guerre. L’entrevue, en tout, avait duré trois minutes, puis l’ambassadeur avait demandé ses passeports et s’était retiré.
« L’Allemagne déclare la guerre à la France », titre également sur toute la largeur de sa Une L'Humanité en ajoutant que Berlin a également violé la neutralité de la Belgique. Guillaume II a en effet demandé officiellement au roi Albert I1er le libre passage des troupes allemandes sur le sol belge, ce que le roi a refusé après un long, très long Conseil des ministres. Cette demande est considérée comme incroyable par la Belgique dont la neutralité est garantie, par traité, par le roi de Prusse. Conséquence : la capitale est transférée de Bruxelles à Anvers et toutes les communications télégraphiques et téléphoniques avec Liège, Anvers et le Limbourg seront coupées.
  
L’Echo de Paris de ce 4 août 1914 ajoute que la neutralité de l’Italie est proclamée officiellement et que les troupes françaises et italiennes ne seront pas opposées.

Comme ses confrères, L’Action Française titre sur la déclaration de guerre, l’ultimatum allemand à la Belgique et la neutralité italienne. Le journal nationaliste ajoute que l’Angleterre mobilise sa flotte et son armée et il fait état des premières escarmouches à la frontière : un aéroplane aurait lancé trois bombes sur Lunéville, qui n’auraient fait que peu de dégâts matériels (1).
L’Action Française écrit également que le premier acte belliqueux allemand sur le sol français est une lâcheté : les Prussiens auraient, en effet, fusillé le patriote lorrain Alexis Samain, ancien président du Souvenir Français de Metz (2).
 
Dans sa deuxième édition du 4 août, L’Echo d’Alger, journal des républicains radicaux, publie en première page la déclaration officielle du gouverneur de l’Algérie Charles Lutaud, qui annonce que Bône et Philippeville ont été bombardées dans la matinée (3), et appelle à la mobilisation générale pour, écrit-il, « défendre la France jusqu’à la mort parce qu’elle est le grand foyer de l’idéal, défendre l’Algérie jusqu’au sacrifice suprême parce que les fermes blanches les moissons et les vignes représentent les fruits de votre intrépide labeur ».
 
L’Intransigeant ajoute pour sa part que la France peut compter sur l’Angleterre pour la soutenir dans le conflit. Le journal souligne également que des ministres sont appelés sous les drapeaux : c’est le cas d’Abel Ferry, sous-secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères (4). Enfin, le quotidien nationaliste écrit que les guerres d’aujourd’hui sont beaucoup moins meurtrières qu’autrefois. Citant la revue La science et la vie, il explique que du temps de Frédéric Le Grand, 600 hommes perdaient la vie en une heure de bataille, 300 hommes sous Napoléon, 200 pendant la guerre de 1870 et « seulement » de 0,5 en 1903 pendant la guerre de Mandchourie.
 
Si, le 2 août, au moment de l’annonce de la mobilisation générale et au lendemain de la déclaration de guerre de l’Allemagne à la Russie, la France s’était réveillée surprise et inquiète, en ce 4 août 1914, elle s’est ressaisie et se met en ordre de bataille, à l’image de son gouvernement remanié.

  1. En réalité, le premier incident de frontière a lieu le 2 août : une patrouille allemande du Jäger-Regiment zu Pferde Nr. 5 (le 5e régiment de chasseurs à cheval, caserné à Mulhouse) rencontre à Joncherey près de Delle (dans le Territoire de Belfort) une escouade française du 44e régiment d'infanterie (de Montbéliard) placée là en surveillance : l'échange de coups de feu tue les deux commandants, le caporal français Jules André Peugeot (21 ans) et l'Unterleutnant allemand Albert Mayer (22 ans), qui deviennent les premiers tués de chacun des deux pays, avant même la déclaration de guerre.
  2. Cette information, qui émanait du ministère de la Guerre, était une fausse nouvelle destinée à faire réagir l’opinion publique sur la dangerosité de l’armée allemande. En réalité, Alexis Samain fut arrêté par les Allemands puis enfermé dans la citadelle d’Ehrenbreitstein à Coblence avant d’être envoyé sur le front russe. De retour à Metz le 18 novembre 1918, il participa à la « cérémonie de la délivrance » de la ville au côté des autorités militaires locales.
  3. Bône et Philippeville ont été bombardées le matin du 4 août par les croiseurs allemands Goeben et Breslau, qui ont pu s’échapper et ont fait route ensuite vers les Dardanelles.
  4. Abel Ferry, neveu adoré de Jules Ferry, démissionne du gouvernement le 3 août et rejoint le 166e régiment d'infanterie de ligne à Verdun comme caporal. Sa démission est refusée, mais il reste dans son régiment et monte au front. Le ministre de la Guerre Adolphe Messimy le nomme sous-lieutenant et le 26 août, René Viviani, remaniant son gouvernement, le confirme dans son poste. Il restera membre du deuxième gouvernement formé par René Viviani jusqu'à sa chute, le 29 octobre 1915. Abel Ferry a été tué le 15 septembre 1918 à Vauxaillon dans l’Aisne. Il était papa d’une petite Fresnette depuis le 22 juin seulement.
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