17 septembre 1743 : naissance de Condorcet, le dernier des Encyclopédistes

Le mot de Laurent Sailly pour le blog Grandes Chroniques de France

Marie Jean Antoine Nicolas Caritat, marquis de Condorcet, est né le 17 septembre 1743 à Ribemont, dans l’actuel département de l’Aisne. Issu d’une famille de petite noblesse militaire, il perd son père très tôt et reçoit une éducation marquée par les mathématiques et la philosophie, ce qui explique son entrée précoce dans les cercles savants. Il occupe une place singulière dans l’histoire des Lumières par la diversité de ses travaux et son ambition de fonder une véritable science du probable. Reconnu par les savants de son temps, il s’éloigne des mathématiques pures pour appliquer l’analyse aux questions sociales, économiques et politiques, convaincu que le progrès humain dépend d’institutions rationnelles. Inspecteur général des Monnaies dès 1774, il devient un acteur engagé des combats pour les libertés et contre l’esclavage. Député à la Législative puis à la Convention, il rédige un plan d’instruction publique et un projet de constitution, refusant de voter la mort du roi. Son Esquisse d’un tableau historique des progrès de l’esprit humain (1795) synthétise son idéal : unir sciences physiques et morales pour comprendre et améliorer les sociétés humaines. Condorcet, pourchassé par les Montagnards, se cache pendant plusieurs mois, puis est arrêté à Bourg‑la‑Reine en 1794. Deux jours plus tard, on le retrouve mort dans sa cellule, dans des circonstances restées controversées — suicide probable, mais jamais totalement établi.

Condorcet, 1743-1794
de Elisabeth Badinter (Auteur), Robert Badinter (Auteur)

Lorsque la Révolution commence, le marquis de Condorcet occupe une situation privilégiée dans la société. Mathématicien célèbre à vingt-cinq ans, secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences à trente-deux ans, il est membre de l'Académie française et inspecteur des Monnaies. Ami de Voltaire et d'Alembert, il apparaît comme le dernier des encyclopédistes. Il est célèbre dans toute l'Europe des Lumières et lié aux plus brillants esprits du temps. Disciple de Turgot, il a vécu à ses côtés ses réformes et sa disgrâce. Enfin il est le mari heureux de la belle et spirituelle Sophie de Grouchy.

Cet homme comblé est aussi un homme passionné de justice. Il s'est élevé contre toutes les erreurs judiciaires de la fin de l'Ancien Régime. Ami des Noirs, il lutte contre l'esclavage et la traite. Ami des Protestants et des Juifs, il milite pour la reconnaissance de leur citoyenneté. Adversaire de la peine de mort, il soutient la cause de l'abolition. Et il est le seul à réclamer pour les femmes l'égalité entière des droits.

Dès le début de la Révolution, cet intellectuel s'engage dans la lutte politique. Sous la Constituante, il se prononce parmi les premiers en faveur de la République. Député à la Législative, il propose son célèbre plan d'Instruction publique qui inspirera un siècle plus tard les fondateurs de l'Ecole républicaine. Député à la Convention, il refuse par conviction abolitionniste de voter la mort du Roi et rédige le projet de Constitution le plus démocratique qu'on ait élaboré jusqu'alors. Partisan de l'union des républicains, il se détache de ses amis Girondins sans pour autant rallier les Montagnards. Décrété d'accusation en juillet 1793, il se cache à Paris jusqu'en mars 1794. Il écrit alors l'Esquisse d'un tableau des progrès de l'Esprit humain, son oeuvre maîtresse. Pour ne pas compromettre la sûreté de celle qui l'héberge, il quitte son refuge. Arrêté, il est trouvé mort dans sa cellule le 29 mars 1794.

Telle fut la vie de cet intellectuel engagé qui connut l'échec politique mais dont la pensée, selon le mot de Jean Jaurès, fait partie du patrimoine de la République.

Éditeur ‏ : ‎ Le Livre de Poche; Nouv. éd. rev. et augm édition (4 mai 1990)
Langue ‏ : ‎ Français
Poche ‏ : ‎ 749 pages
ISBN-10 ‏ : ‎ 2253053279
ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2253053279
Poids de l'article ‏ : ‎ 363 g
Dimensions ‏ : ‎ 11 x 3.5 x 17.8 cm