3 septembre 1792 : le martyre de la princesse de Lamballe

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"Un inconnu découpe le sexe de la Princesse, pour s'en faire une moustache"

Paris, prison de La Force, 3 septembre 1792 vers 11h

Le juge – « Qui êtes-vous ? »

La princesse – « Marie-Louise, princesse de Savoie. »

Le juge – « Votre qualité ? »

La princesse – « Surintendante de la maison de la reine. »

Le juge – « Aviez-vous connaissance des complots de la cour au 10 août ? »

La princesse – « Je ne sais pas s'il y avait des complots au 10 août, mais je sais que je n'en avais aucune connaissance. »

Le juge – « Jurez la liberté, l'égalité, la haine du roi, de la reine et de la royauté. »
 
La princesse – « Je jurerai facilement les deux premiers, je ne puis jurer le dernier, il n'est pas dans mon cœur. »
 
Entendant cette réponse, un ancien valet de chambre de la princesse mêlée à la foule se penche vers elle : – « Jurez donc, si vous ne jurez pas, vous êtes morte.  »
 
La princesse se tait.
 
Alors, le juge prononce la phrase – « Qu'on élargisse madame.  ».

C’est un cauchemar que vit éveillée la princesse de Lamballe. Elle n’a pas fermé l’œil de la nuit. De sa cellule de la prison La Force, elle a entendu les cris, les hurlements, les roulements de tambour, les injures et les râles. Elle a entendu parler de massacres perpétrés depuis la veille dans les prisons parisiennes. La tuerie aurait été déclenchée par la rumeur d'un complot aristocratique. Le peuple mené par de sanguinaires sans-culottes égorge des nobles, mais aussi de prêtres, des femmes et des enfants. Ils sont éventrés, démembrés, hachés, piétinés, désossés !

Mme de Lamballe sort donc dans la cour de la prison. Voyant les cadavres des détenus assassinés, elle est prise d'un malaise. Dans son subconscient, elle voit défiler sa vie. Après son mariage par procuration, Marie-Thérèse de Savoie-Carignan, nièce du roi de Sardaigne (elle est née à Turin le 8 septembre 1749), paraît heureuse de quitter le Piémont pour la France. Elle a épousé Louis-Alexandre de Bourbon, prince de Lamballe, fils du duc de Penthièvre (lui-même fils du comte de Toulouse fils légitimé de Louis XIV et de Madame de Montespan) et héritier d'une branche légitimée de la famille royale de France. Fille du prince Louis-Victor de Savoie (1721-1778) et de Christine-Henriette de Hesse-Rheinfels-Rotenbourg (1717-1778), la princesse a grandi à Turin où elle mènera une existence maussade et stricte, mais éloignée des complots et des intrigues de la cour. Douce, sage et pieuse, elle contraste avec son époux, prince dévergondé et libertin, qui la contamine plusieurs fois. Celui-ci est emporté par une maladie vénérienne l’année suivante, laissant une princesse de 19 ans, veuve et sans enfant. En 1770, le dauphin Louis-Auguste, futur Louis XVI, épouse l’archiduchesse d’Autriche Marie-Antoinette. C’est la première rencontre entre les deux femmes. Marie-Louise a vingt-et-un ans, Marie-Antoinette bientôt quinze. À partir de 1771, la princesse de Lamballe est de plus en plus assidue à la cour et se rapproche de la dauphine, qui voit en elle une alliée sûre et une amie sincère. Devenue reine en 1774, Marie-Antoinette continue à fréquenter la princesse, mais de fausses et venimeuses rumeurs (lancées pour nuire et attisées par les ennemis de la reine) commencent déjà à entacher leur amitié. En 1789, la Révolution gronde et la reine commence à prendre conscience de ses erreurs. Elle se fait plus sage et se rapproche à nouveau de la princesse. La princesse reste l’un des derniers soutiens de la reine et leur amitié s’en trouve renforcée. Fin 1791, la reine supplie la princesse de ne pas revenir à Paris, mais cette dernière souhaite être à ses côtés et partager ses périls. Elle rentre à Paris et reprend ses fonctions de surintendante aux Tuileries. Au cours de la journée du 10 août 1792, la foule envahit le palais et la princesse suit la famille royale qui se réfugie à l’Assemblée législative. C’est alors qu’est prononcée la déchéance du roi et décidée son incarcération au Temple. La princesse accompagne la famille royale au donjon du Temple le 12 août, elle y est incarcérée avec eux. Le 19, on vient chercher tous ceux qui n’appartiennent pas à la famille royale stricto sensu, pour les transférer ailleurs. Marie-Antoinette et Marie-Louise doivent se dire adieu. La princesse est conduite à la prison de la Force.

La princesse revient à elle.

Quelqu'un lui recommande de crier : – « Vive la nation  ». Mais la vue des cadavres lui fait dire : – « Fi ! L'horreur !  Je suis perdue.  »

Un perruquier du nom de Charlat, tambour des volontaires, lui ôte alors son bonnet du bout de sa pique et la blesse légèrement, tandis qu'un autre égorgeur lui jette une bûche dans les reins. La princesse tombe. Elle est alors massacrée par la foule à coup de piques. Son corps dévêtu reste près de deux heures exposé, nu, à la risée lubrique de la foule.

Le Noir Delorme, ramené de Saint-Domingue par Fournier l'Américain, s'empare du cadavre pour éponger le sang afin d'en faire admirer la blancheur aristocratique. Ses gros doigts violent la morte. Il est hilare. La foule s'époumone. Les yeux brillent d'une fureur incontrôlable, les gorges hurlent des insanités, les bras dessinent des obscénités. Un garçon boucher s'empare de la tête de la princesse, qu'il sectionne adroitement avec un long couteau. C'est atroce. L'homme s'enfuit avec son butin sous le bras, bientôt il plantera la tête sur une pique. Pendant ce temps, on continue de profaner le corps dénudé de la princesse. On lui découpe les mamelles. Le même Charlat déchire les entrailles et arrache le cœur. Plus horrible, un inconnu découpe le sexe, qu'il porte à sa bouche pour en faire une moustache. Certains rapportent des scènes d'anthropophagie.

La troupe s’empare de la tête et du cœur et entreprend une tournée de Paris pour montrer son trophée. Arrêt chez un perruquier pour qu'il « accommode la tête de Mme de Lamballe ». Menacé de mort, il lui faut obéir. Il lave la longue chevelure blonde collée par le sang, la tresse et la poudre. «  Au moins, maintenant, Antoinette peut la reconnaître  », lance malicieusement quelqu'un. Sa tête est portée au bout d’une pique. Les égorgeurs se rendent à la prison du Temple pour insulter et effrayer le couple royal.

Le roi et la reine viennent de sortir de table. Ils entendent un bruit de foule, de tambours, des hurlements. Bientôt le cortège est sous leur fenêtre. L'agitation s'accroît dans la rue. On prend peur.

– « Que se passe-t-il ? » demande le Roi.
– « Eh bien, Monsieur, puisque vous voulez le savoir, c'est la tête de Mme de Lamballe qu'on veut vous montrer.  »

La reine s'évanouit terrifiée par l’horreur. La foule se fait de plus en plus menaçante. La reine est insultée. Les gardes municipaux empêchent le macabre cortège de pénétrer dans la prison du Temple. On se toise. On s’invective. Finalement, on négocie. Les assassins de la princesse sont autorisés à faire le tour de la tour du Temple, où loge la famille du roi. Puis on promène la tête de Mme de Lamballe sous les fenêtres du Palais-Royal pour être présentée au duc d'Orléans, son beau-frère. Direction les Halles, où un boucher s'empare du cœur, le hache et offre à la foule de le manger. Les chiens se régalent. Enfin, la tête et les restes du corps sont jetés sur un tas de cadavres devant le Châtelet.

Un proche de la famille de Lamballe parviendra à récupérer la tête pour la remettre à monsieur le duc de Penthièvre, beau-père de la princesse de Lamballe, qui la fera enterrer à Vernon.

Qu'est-ce qui est vrai, qu'est-ce qui est fantasmé ? On ne le sait pas.

L'historien Antoine de Baecque pose la question de l'exactitude de ces descriptions horrifiantes. En prenant pour témoin, les procès-verbaux de la section sans-culotte des Quinze-Vingts rue du faubourg Saint Antoine, l'historien signale que selon ces sources le corps de l'infortunée princesse ne fut pas déshabillé et nullement démembré.

Madame de Lamballe est la victime expiatoire d’un régime dont elle n'a jamais vraiment connu les codes ni les rites d’une part et, des névroses d'une société finissante d’autre part. Amie de cœur de Marie-Antoinette, familière d'un Trianon exclusivement destiné aux femmes, organisatrice de sa Maison et de ses loisirs, elle est la confidente et l’ultime fidèle d’une reine détestée par son peuple. Madame de Lamballe devient dès lors la Sapho lubrique de Trianon, l'esclave d'une reine impudique et manipulatrice. Pis encore, l'initiatrice d'un « complot lesbien » dont la mission aurait été de subvertir la monarchie française. Le tout financé et dans l’intérêt d’un comité autrichien auquel la princesse aurait appartenu.

Une théorie des complots déjà à la mode au XVIIIème siècle...


La Princesse de Lamballe: L'"Ange" de Marie-Antoinette

de Alain Vircondelet (Auteur)

De la princesse de Lamballe, l'histoire n'aura conservé que le souvenir d'une tête outrageusement fardée et fichée au bout d'une pique. Elle fut exhibée sous les fenêtres de Louis XVI et de Marie-Antoinette. Victime expiatoire d'un régime dont elle n'avait jamais vraiment connu les codes ni les rites, elle succomba sous les coups des massacreurs de septembre 1792. Mais, au-delà de son martyre, qui était Mme de Lamballe ? Amie de coeur de Marie-Antoinette, familière d'un Trianon exclusivement destiné aux femmes, surintendante de la Reine, organisatrice de sa Maison et de ses loisirs, elle fut sa confidente et son ultime fidèle. Il n'en fallut pas davantage pour qu'elle devienne la Sapho lubrique de Trianon, l'esclave d'une reine impudique et manipulatrice. Pis encore, l'initiatrice d'un "complot lesbien" dont la mission aurait été de subvertir la monarchie française. C'est ce destin tragique et singulier que retrace Alain Vircondelet. Il démonte aussi les mécanismes des rumeurs, dévoile les névroses d'une société finissante et les ambiguïtés d'une passion fatale.

Éditeur ‏ : ‎ FLAMMARION (1 novembre 1998)
Langue ‏ : ‎ Français
Broché ‏ : ‎ 272 pages
ISBN-10 ‏ : ‎ 208066638X
ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2080666383
Poids de l'article ‏ : ‎ 300 g
Dimensions ‏ : ‎ 13.5 x 1.7 x 22 cm
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