Suppression de la taxe d’habitation: un coût dramatique - Par Anne de Guigné

Si, politiquement, Emmanuel Macron a réussi un coup de génie avec cette réforme, il en découvre aujourd’hui le revers de la médaille, tant ce choix a fragilisé plusieurs piliers du pays.


Oubliée dans les classeurs à idées des conseillers politiques, la suppression de la taxe d’habitation peinait à trouver preneur. Nécessairement populaire, mais économiquement néfaste, la mesure avait été regardée par quelques écuries puis écartée, parfois à regret, car jugée indéfendable sur le fond. En 2017, le candidat de la rupture, Emmanuel Macron, assuma de s’en faire un brillant porte-parole. Un choix osé qui lui rapporta sans doute même l’élection. Son premier décollage dans les sondages, lors de la campagne mouvementée de 2017, apparaît en effet concomitant de cette promesse à 20 milliards d’euros. La veille de l’annonce, le 24 février 2017, le centriste apparaissait encore en troisième position, derrière Marine Le Pen et François Fillon.

Dans un travail passionnant*, paru cet été, l’économiste Antoine Levy, professeur assistant à l’université de Berkeley en Californie, a même démontré la nette corrélation entre le vote en faveur d’Emmanuel Macron en 2017 et l’acquittement d’une taxe d’habitation élevée. Des années plus tard, la majorité des Français était encore reconnaissante au président de l’avoir débarrassée de cette pénible obligation automnale. D’autant que le chef de l’État a tenu parole: la taxe d’habitation sur les résidences principales a définitivement disparu pour tous les contribuables, même les plus aisés, cette année. Dans un baromètre de fin 2021, plus de la moitié des personnes interrogées citait ainsi encore la suppression de cette taxe comme la mesure la plus favorable à leur pouvoir d’achat.