29 octobre 1709 : Port-Royal et le Jansénisme

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Ce jour-là, le roi Louis XIV chasse les dernières religieuses de Port-Royal des Champs. Il fait raser l'abbaye, dont seules subsistent aujourd'hui les ruines romantiques. C’est le triomphe des Jésuites sur le Jansénisme.


« Le protestantisme n'a pas pu entrer en France ; le jansénisme y est entré ; c'est le même principe adapté au caractère des nations qui ont échappé au protestantisme. Le sens théologique pur et apostolique entre pour une grande part ; dans la formation du caractère d'une nation catholique, surtout dans le caractère de la vieille nation française ; or, le jansénisme a formé un nouveau sens théologique, ou déformé le sens théologique chez nous, et nous a ôté ce vieil élément de l'esprit national. Le sens qu'il y a substitué est subversif ; le caractère qu'il a ôté au christianisme est fondamental, c'est le caractère de miséricorde, c'est la notion de la Rédemption ; il l’a remplacé par une vue étroite sur l'Incarnation. Le jansénisme fait consister le christianisme dans les lois, et la piété dans les pratiques, tandis qu'il est avant tout la religion du salut. Et, précisément, Dieu a suscité S. Alphonse de Liguori pour restaurer ce sens et rendre au christianisme ce caractère de miséricorde. La méthode d'enseignement et de prédication a beaucoup souffert de cette influence doctrinale du jansénisme, si tant est qu'elle n'en soit pas morte. La religion, par là même et inévitablement, défigurée d'un côté par l'esprit janséniste, manquant, de l'autre, de son soutien qui est la doctrine des pasteurs, devait diminuer, et diminua effectivement dans le peuple, elle alla s'éteignant de plus en plus ; la nation perdit et continue à perdre l'esprit catholique et, avec lui, sa gloire, son prestige — car, dans nos temps modernes, on retrouvera bien quelques gloires nationales, mais des gloires ternies par beaucoup de taches. Les événements se pressent, mais l'Histoire est mêlée de deux esprits, et presque partout règne un élément de désordre et de péché. Nous n'avons plus qu'une espérance, c'est que les événements modernes portent des pronostics d'une restauration et d'un retour à la vraie gloire par l'Église. »

Jean-Baptiste AUBRY

Fondation de Notre-Dame de Porrois

L'abbaye Notre-Dame de Porrois fut fondée en 1204 par Mathilde (ou Mahaud) de Garlande, veuve de Mathieu de Montmorency, mort à Constantinople au cours de la quatrième croisade. Elle acquit le fief de Porrois à Milon de Voisins, et avec l'appui d'Eude de Sully, évêque de Paris, y fit établir une communauté de femmes. Affiliée à Cîteaux dès 1209, la nouvelle abbaye fut officiellement reçue au sein de la congrégation en 1225 par le Chapitre général, et placée sous l'autorité de l'abbé des Vaux-de-Cernay.

L'imposante église abbatiale fut consacrée le 25 juin 1230, et l'abbaye prospéra grâce aux libéralités des seigneurs locaux. Son temporel s'étendait dès la fin du XIIIe siècle jusque dans les faubourgs de Paris. L'abbaye de Port-Royal n'échappa toutefois pas au déclin général des institutions régulières au cours des XIVe et XVe siècle. Au XVIe siècle, les abbesses Jeanne de la Fin I (1513 à 1558), et Jeanne de la Fin II sa nièce, reconstituèrent patiemment le temporel de l'abbaye, et entreprirent des premiers travaux dans l'église et les bâtiments conventuels.

Port-Royal et la Réforme catholique (1609-1647)


Les religieuses de Port-Royal

La Réforme catholique, consacrée par le Concile de Trente, avait gagné tardivement la France, en raison des troubles des Guerres de religions, et de l'essor de la pensée gallicane. La pacification du royaume par Henri IV favorise le mouvement de réformes des établissements religieux du royaume.

Mère Angélique et la réforme du monastère

Fille d'un avocat célèbre, Jacqueline Arnauld – Mère Angélique – devient coadjutrice de la vieille abbesse, Jeanne de Boulehart en 1599, à sept ans et demi, puis abbesse de l'abbaye cistercienne de Port-Royal en 1602 à l'âge de onze ans. En 1608, elle entreprend la réforme de l'établissement, en rétablissant la stricte observation de la règle de saint Benoît, la pauvreté, la vie communautaire et la clôture. Port- Royal est la première communauté de femmes réformée en France.

Port-Royal de Paris

En 1625, la mère Angélique obtient la permission de créer un second établissement à Paris dans le faubourg Saint-Jacques. L'abbesse demande la séparation de Cîteaux et place l'abbaye sous la juridiction de l'ordinaire. En 1629, elle obtient du roi Louis XIII la permission pour la communauté d'élire son abbesse, et démissionne en juillet 1630. La direction spirituelle de la communauté est assurée, vers 1635, par l'abbé de Saint-Cyran.

En 1647 le monastère prend le nom de Port-Royal du Saint-Sacrement, et les religieuses reçoivent le scapulaire blanc avec une croix rouge sur la poitrine, qui remplace le scapulaire noir des cisterciennes.

Deux monastères, une communauté

Le 13 mai 1648, la mère Angélique revient à Port-Royal des Champs avec plusieurs religieuses. Une partie de la communauté se réinstalle aux Champs à la fin de la Fronde en 1653. L'abbaye des Champs vit désormais en étroite relation avec l'abbaye parisienne, alors que les premières mesures de Mazarin, puis du jeune roi Louis XIV, commencent à s'abattre sur les jansénistes.

Les Solitaires aux Champs

Réunis à Paris à partir de 1637, les solitaires s'installent l'année suivante à Port-Royal des Champs, dans l'abbaye abandonnée par les religieuses. Sous l'influence de Saint-Cyran, des personnalités laïques ou ecclésiastiques, parents pour la plupart de la mère Angélique, comme ses neveux Antoine Le Maître ou Louis-Isaac Le Maître de Sacy, le médecin Jean Hamon, le grammairien Claude Lancelot, le moraliste Pierre Nicole..., y mènent une vie d'étude et de prières. Ils entretiennent les bâtiments, font drainer le fond du vallon et entreprennent de rehausser le sol de l'abbatiale. Au retour des religieuses en 1648, les Solitaires se retirent dans la ferme des Granges.

Les « Petites écoles »

Sous l'impulsion de l'abbé de Saint-Cyran, directeur spirituel de la communauté des religieuses de Port-Royal, les Solitaires se consacrent dès 1637 à l'éducation des enfants et créent les « petites écoles ». Chaque maître est chargé de 5 à 6 enfants au plus. La matinée, commencée à 5 h et demi, est consacrée à la version latine. Après le repas à 11 h et la récréation au jardin, l'après-midi est consacrée à l'histoire ou à la géographie pendant une heure, puis à la poésie ou au grec.

L'enseignement est complet et donné pour la première fois dans des manuels en français rédigés spécialement par les Messieurs de Port-Royal : écriture, lecture et diction, grammaire, latin, grec, histoire, géographie…

« Comme ces écoles étoient plus pour la piété que pour les sciences, on ne pressoit pas si fort les enfans pour les études, dont on leur donnoit cependant de solides principes. »

En 1651, le succès de leur enseignement incite les Solitaires à construire un bâtiment destiné à un pensionnat de garçons, accueillant chaque année une trentaine d'élèves.

Le Jansénisme en France au XVIIe siècle


Aux origines du Jansénisme

Au début du XVIIe siècle, l'Église française se préoccupe davantage de réformes et de renouveau spirituel que de questions dogmatiques. Toutefois, la controverse avec les protestants a ouvert un courant en Sorbonne – alors faculté de théologie – attaché à l'étude des écrits des pères de l'Eglise, particulièrement saint Augustin, pour les questions liées à la Grâce. La publication de l'Augustinus de Cornelius Jansen (1640), son succès en France au moment de la mort de Richelieu (décembre 1642) ouvre une ère de polémique dans les rangs des théologiens français, avec, notamment, la publication, en août 1643, de la Fréquente communion d'Antoine Arnauld, docteur de Sorbonne et frère de la mère Angélique.

Condamnation romaine et polémique en France

A la demande de la Sorbonne, le pape condamne, en 1653, cinq propositions jugées extraites de l'Augustinus. Loin de clore la controverse, la bulle Cum occasione attise une polémique violente, menée par Antoine Arnauld. En 1655, dans sa Lettre à une personne de condition et sa Seconde lettre à un duc et pair, Arnauld accepte la condamnation des Cinq propositions, mais garde sur leur attribution à Jansénius un silence respectueux. Obligée de prendre parti, la Sorbonne choisit d'exclure, en 1656, Antoine Arnauld et avec lui une centaine de docteurs – le tiers de ses membres. Les débats orageux dont les Provinciales (1656-1657) se font l'écho, font connaître à un plus large public le contenu du « Jansénisme », cette hérésie condamnée par Rome.

Formulaire et « Paix de l'Eglise »

La première année de son règne personnel en 1661, Louis XIV obtient de l'assemblée du Clergé de France, un formulaire destiné au clergé séculier, consignant l'adhésion de cœur et d'esprit à la condamnation pontificale de Cinq propositions. L'édit royal du 29 avril 1664 tente de mettre fin au silence respectueux et impose une signature sans restriction du formulaire.

Sous l'impulsion du pape Clément IX, Rome obtient l'apaisement en France en 1668 pour une dizaine d'années. Dès la paix de Nimègue signée en 1679, le roi de France reprend l'offensive ; contre les protestants en révoquant l'édit de Nantes en 1685, puis contre les jansénistes qui s'exilent massivement.

Le Jansénisme en France au XVIIIe siècle


La bulle Unigenitus et les convulsions de Saint-Médard

A la fin de son règne, Louis XIV cherche à obtenir du pape une condamnation claire des thèses jansénistes, faisant l'unanimité dans le clergé de France. Fulminée en 1713, la bulle Unigenitus (1713) condamne 101 propositions réputées hérétiques dans le Nouveau testament avec des réflexions morales... du P. Quesnel.

La nouvelle condamnation soulève les protestations de plusieurs évêques qui veulent réunir un concile général des évêques du royaume, et s'accompagne, en 1731, de scènes de convulsions et de guérisons miraculeuses sur la tombe d'un diacre janséniste, François de Pâris, au cimetière de Saint-Médard à Paris.

Le jansénisme, du religieux au politique

Si la condamnation des quatre évêques appelants et la mort du cardinal de Noailles en 1729, marquent la fin du jansénisme épiscopal, le combat se transporte au sein des parlements, qui font de la tentative du clergé de contrôler les milieux jansénistes une affaire d'ordre public.

Avec la crise parlementaire (1756) et l'attentat de Damiens contre Louis XV (1757), les parlementaires jansénistes abandonnent le terrain de la lutte contre l'Unigenitus pour concentrer leurs attaques contre les jésuites. La suppression de la Compagnie en France (1764), achève de séparer le Clergé du pouvoir royal et renforce les velléités politiques des parlements.

SOURCE : Port Royal des Champs (port-royal-des-champs.eu)

Port-Royal

de Laurence Plazenet (Auteur)

Port-Royal est un biais privilégié pour comprendre l'histoire politique, religieuse et intellectuelle du Grand Siècle. Comment un petit couvent sans éclat, perdu dans la vallée de Chevreuse, a-t-il pu s'imposer, en quelques années, comme le centre spirituel, culturel et moral de la France ? Fleuron de la réforme catholique, au coeur de la plus importante querelle théologique d'alors - celle du jansénisme -, le monastère de Port-Royal, auquel furent liés, de près ou de loin, les plus grands écrivains (Pascal, La Rochefoucauld, Racine, Mme de Sévigné...), irradia la société de son temps. C'est en 1608, sous l'impulsion de la mère Angélique, que commence la réforme de Port-Royal : la jeune femme décide de mettre en oeuvre au monastère la "règle de stricte observance". S'imposant dès lors comme un modèle de rigueur et d'austérité, Port-Royal commence son irrésistible ascension. L'abbé de Saint-Cyran y prêche, diffusant la doctrine de son ami Jansénius, imprégnée d'augustinisme. Il y fonde les Petites Ecoles, qui révolutionnent l'enseignement - alors monopole des jésuites. Port-Royal attire : de nouvelles vocations, mais aussi des femmes du monde, qui viennent s'y retirer, ou encore les "Solitaires" - ces hommes désireux de mener une vie tournée vers Dieu sans pour autant entrer dans les ordres, et qui, pour ne pas déroger à l'exigence de labeur, s'illustreront par des travaux remarquables, parmi lesquels la première traduction en français moderne de la Bible. Promouvant l'exigence spirituelle contre le faste et l'ostentation des biens de ce monde, Port-Royal ne pouvait que s'attirer les foudres de Louis XIV, dont le règne était marqué par le culte du moi et du divertissement : après avoir brillé au milieu des persécutions, l'abbaye fut finalement rasée en 1712, sur ordre du roi, qui souhaitait qu'il n'en demeurât pas un seul vestige. Comprendre à quoi tient la puissance singulière de cette poignée de femmes et d'hommes dévoués à Dieu, scruter les plis de leurs vies, traquer leurs voix au plus juste de ce qu'elles furent... Voilà ce que propose cette anthologie, qui rassemble des textes d'auteurs célèbres (Pascal, Racine, Saint-Cyran, Lemaistre de Sacy, etc.) comme de religieuses anonymes. On y découvrira l'histoire de l'abbaye, de sa fondation à sa destruction ; la description des lieux et des activités quotidiennes ; les Vies des principales personnalités de Port-Royal ; des écrits spirituels ; des récits de captivité de religieuses... Formant un fabuleux gisement narratif, cet ensemble de textes d'époque, d'une qualité littéraire remarquable, fait renaître tout un pan de l'âge classique. Etablie et présentée par Laurence Plazenet, l'anthologie Port-Royal est l'oeuvre d'une spécialiste incontestée de la période, et d'un écrivain qui, par sa plume, transporte le lecteur. Elle s'impose comme une référence absolue sur le sujet.

Éditeur ‏ : ‎ FLAMMARION (13 octobre 2012)
Langue ‏ : ‎ Français
Broché ‏ : ‎ 1328 pages
ISBN-10 ‏ : ‎ 2081286173
ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2081286177
Poids de l'article ‏ : ‎ 998 g
Dimensions ‏ : ‎ 14.2 x 4 x 20.3 cm

Port-Royal et le jansénisme: Des religieuses face à l'absolutisme

de Philippe Luez (Auteur)

Les figures des religieuses de Port-Royal nous sont aujourd'hui familières : une abbesse agenouillée en prière au chevet d'une religieuse, l'image naïve d'une procession muette ou la nonne se dressant impérieuse devant un archevêque désemparé et bouffon sur la scène de la Comédie Française... Généralement présentée comme un épisode marquant de l'histoire du jansénisme et souvent confondu avec lui, l'histoire de Port-Royal fascine et interroge encore aujourd'hui. La réalité est plus complexe : le XVIIIe siècle, en écrivant après Jean Racine une histoire militante du monastère, a bâti un grand mythe dont nous sommes aujourd'hui toujours tributaires ; les travaux littéraires autour de Blaise Pascal, par leur importance et leur qualité, ont contribué à mettre l'accent sur le rôle de Port-Royal dans l'assimilation de la pensée cartésienne à l'aube du siècle des Lumières. Du récit mythique de la « Journée du Guichet » en 1609 à la légende noire de la destruction de l'abbaye des Champs un siècle plus tard, il faut franchir la clôture pour comprendre la vie quotidienne et héroïque d'une communauté de femmes qui résista jusqu'au bout au pouvoir politique.

Éditeur ‏ : ‎ BELIN (21 novembre 2017)
Langue ‏ : ‎ Français
Broché ‏ : ‎ 382 pages
ISBN-10 ‏ : ‎ 2701193656
ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2701193656
Poids de l'article ‏ : ‎ 536 g
Dimensions ‏ : ‎ 15.1 x 3.2 x 22 cm

Le Jansénisme
de Louis Cognet (Auteur)

Éditeur ‏ : ‎ Presses Universitaires de France - PUF; 7e édition (28 novembre 1998)
Langue ‏ : ‎ Français
ISBN-10 ‏ : ‎ 2130473644
ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2130473640
Poids de l'article ‏ : ‎ 505 g