Coleman Hughes : «Nous vivons un nouveau racisme où tout ce qui est blanc est jugé mauvais»

L'essayiste afro-américain, Coleman Hughes, dénonce l'obsession progressiste contemporaine pour la race comme «un néoracisme destructeur». Entretien avec Adrien Jaulmes.


Dans son premier livre, «The End of Race Politics : Arguments for a Colorblind America» (« La fin de la politique raciale, plaidoyer pour une Amérique indifférente à la couleur », non traduit), l'essayiste afro-américain dénonce l'obsession progressiste contemporaine pour la race comme « un néoracisme destructeur », préparant une société infernale où la couleur de peau est considérée comme le critère fondamental.

LE FIGARO. - Vous dites que le concept de race vous ennuie, mais que vous avez dû écrire sur ce sujet parce qu'il vous a « choisi ». Comment cela s'est-il produit ?

Coleman HUGHES. -
Le sujet de la race ne m'a jamais intéressé. Enfant, j'avais des amis de toutes les couleurs, mais je ne les considérais pas comme appartenant à telle ou telle race. Je ne les considérais pas comme des amis blancs, asiatiques ou hispaniques, mais simplement comme des individus. Je m'intéresse à la musique, à la philosophie, pas à la race.
Puis, un jour, lorsque j'étais lycéen, j'ai été envoyé à un congrès intitulé « La Conférence des gens de couleur », où l'on enseignait que la race est un concept fondamental, et l'identité raciale une mystique que l'on doit vénérer. On y apprenait que la race donne accès à un ensemble de connaissances différentes. Autant d'idées auxquelles je n'avais jamais été confronté et qui m'ont semblé vraiment étranges et toxiques.

Lorsque j'ai été admis à l'université de Columbia en 2015, j'ai découvert que cette philosophie de la race était devenue la nouvelle norme. J'étais alors un jeune étudiant noir qui essayait d'établir des relations sur la base d'intérêts communs, la musique, la philosophie, toutes les choses que j'aimais. Mais, tous les jours, je lisais dans le journal de l'université que la suprématie blanche régnait sur le campus et que les étudiants noirs étaient quotidiennement confrontés au racisme.

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On rapportait presque tous les jours une forme ou une autre d'incident racial, une micro-agression. Tout me disait que je devais être une victime. Or cela me semblait complètement détaché de la réalité et, notamment, de celle de l'université de Columbia, qui est l'un des endroits les moins racistes de la terre ! J'ai donc commencé à m'interroger sur le décalage entre réalité et rhétorique. C'est ce qui m'a amené à écrire ce livre. En d'autres termes, je n'ai pas demandé à participer à cette conversation, elle est venue à moi.

Vous dénoncez l'obsession raciale des mouvements antiracistes comme une nouvelle forme de racisme.

Oui, c'est un nouveau racisme au sens où cette philosophie se résume à considérer tout ce qui est blanc comme mauvais, et tout ce qui n'est pas blanc, le fait d'être noir ou de couleur comme conférant une forme de supériorité morale, de connaissance accrue. En découle l'idée que tout notre système juridique ou nos politiques publiques devraient pratiquer une discrimination basée sur la race, afin de rectifier le passé et ses injustices, pour parvenir à une égalité réelle.

Je qualifie cet ensemble de croyances de néoracisme, pour la simple raison qu'elles correspondent exactement à la définition du racisme telle qu'elle était utilisée pendant la lutte pour les droits civiques. Martin Luther King Jr définissait le racisme comme une doctrine basée sur l'infériorité congénitale des personnes. Il tenait pour acquis que les Noirs comme les Blancs pouvaient être racistes et, plus d'une fois au cours de sa vie, il a déclaré que la suprématie des Noirs serait tout aussi néfaste que la suprématie des Blancs. Je pense qu'il s'agit d'une définition du racisme très sensée et sage, formulée par quelqu'un qui connaissait le sujet.

Coleman Hughes: «Nous vivons un nouveau racisme où tout ce qui est blanc est jugé mauvais» (lefigaro.fr)

C'est du racisme lorsqu'il est dirigé contre les Noirs, et c'est du racisme quand il est dirigé contre les Blancs, et c'est aussi du racisme lorsqu'il est dirigé contre les Asiatiques, les Hispaniques.

Les organismes publics, les municipalités paient des spécialistes de l'antiracisme pour enseigner des absurdités aux enfants dans les écoles.