«Le Sud global, une internationale de substitution pour une gauche à la dérive» - Par Renée Fregosi

Pour la philosophe Renée Fregosi, le concept de Sud global s’est transformé en un instrument idéologique utilisé par différents acteurs, à gauche, afin de mobiliser le plus largement possible contre les démocraties occidentales.

Renée Fregosi est philosophe, politologue et présidente du Centre européen pour la coopération Internationale et les échanges culturels. Dernier ouvrage paru : Cinquante nuances de dictature. Tentations et emprises autoritaires en France et ailleurs (éditions de l'Aube 2023).

Depuis les massacres génocidaires du 7 octobre 2023, les trois proto-totalitarismes iranien, russe et turque soutiennent le Hamas chacun à sa manière et la jeunesse s'est embrasée en «soutien aux Palestiniens», des «rues arabes» aux campus universitaires occidentaux. Le propalestinisme (cette idéologie qui instrumentalise «le malheur palestinien» contre Israël et les Juifs) pénètre à des degrés divers les opinions publiques à travers une compassion alimentée par les images de bombardements sur la Bande de Gaza. Le déchainement de la passion «antisioniste« galvanise des élus jusqu'à tenir des propos ouvertement antisémites, s'affubler systématiquement de kéfiés ou brandir le drapeau «palestinien» dans l'hémicycle de l'Assemblée nationale française. Après avoir joué son rôle au sein du mouvement tiers-mondiste et des non-alignés dans le cadre de la guerre froide, le propalestinisme fait ainsi figure désormais d'avant-garde du « Sud global ».

À la fois fantasme et réalité, ledit Sud global est en effet avant tout un instrument idéologique utilisé par différents types d'acteurs pour mobiliser le plus largement possible contre les démocraties occidentales dont Israël est devenu comme l'emblème et la victime expiatoire. Dans un contexte mondial en recomposition, la gauche politique décomposée en Europe comme dans les Amériques, trouve alors dans le Sud global une sorte de nouvelle Internationale de substitution subsumant tout ensemble, le défunt Komintern bolchevik, la «Quatrième Internationale» trotskiste jamais advenue et l'Internationale socialiste moribonde.