Liban : la faute de la France face au Hezbollah - Par Maya Khadra

Pour Maya Khadra, enseignante et journaliste franco-libanaise, il y a une forte confusion des Occidentaux sur la situation au Liban.


Atlantico : Emmanuel Macron a déploré ce jeudi le nombre « absolument choquant » de victimes civiles après les frappes israéliennes au Liban. La France s'oppose à ce que le Liban « devienne un nouveau Gaza », a-t-il affirmé. Emmanuel Macron estime que ce serait « une faute » de la part de Benjamin Netanyahu, de refuser le cessez-le-feu proposé au Liban. Que faut-il penser des déclarations d’Emmanuel Macron ? Les propos du chef de l’Etat français ont-ils des chances d’être entendus ?

Maya Khadra :
Le Président français a raison de trouver que le nombre de victimes est choquant. Le premier jour de l’escalade a fait un bilan de plus de 500 morts et des milliers de blessés. Les retours au Liban étaient des plus reconnaissants. Mais le Liban n’est pas Gaza. Contrairement à l’enclave palestinienne, au Liban le Hezbollah est critiqué par les citoyens aussi bien que dans les médias mainstream. La normalisation populaire avec cette milice n’aura jamais lieu. Le parallèle entre Gaza et le Liban ne tient pas.

Cependant, cette solidarité exprimée et cette volonté de conclure un cessez-le-feu étaient inefficaces. La pression exercée par l’extrême droite israélienne pour torpiller ce cessez-le-feu étaient importantes. La détermination du Hezbollah à poursuivre la guerre en liant le sort des Libanais à celui des Palestiniens bloque aussi ce cessez-le-feu. La France n’est néanmoins nullement responsable de la crise libanaise. Elle aurait pu jouer un plus grand rôle pour éviter le pire. Mais les seuls responsables sont l’Etat libanais, le Hezbollah et l’Iran dont il faudrait souligner le rôle néfaste dans cette guerre.

Qu'est-ce que les Français et les Occidentaux peinent à comprendre de la situation au Liban ?

L'opinion publique a tendance à confondre le Liban et le Hezbollah. Cette confusion existe déjà dans le traitement du dossier libanais par la diplomatie française. Elle remonte au lendemain de l'explosion du port de Beyrouth en août 2020. La France était le premier pays qui s'est solidarisé avec le Liban à travers un grand geste d'amitié bien intentionné. Le président Emmanuel Macron s'est précipité à Beyrouth pour manifester sa solidarité auprès du peuple libanais et pour lui promettre de mener une enquête transparente sur les raisons de cette explosion. Cette parole n'a pas été tenue. Il y a des freins dans la vie politique libanaise. Le Hezbollah est soupçonné d’être responsable de cette explosion et surtout de la mauvaise gestion de plusieurs tonnes de nitrate d'ammonium stockées dans des entrepôts. Il a tout fait pour bloquer cette enquête et la France a mis ce dossier sous le boisseau en voyant les tensions monter au Liban. Ces tensions se sont manifestées par un coup de force armé en 2021. Plusieurs miliciens du Hezbollah avaient attaqué des quartiers résidentiels à Beyrouth, en marge d'une manifestation contre le juge d'instruction Tarek Bitar qui mène l'enquête sur l'explosion du port.

La confusion en Occident sur la situation au Liban se manifeste sur le plan diplomatique français dans le traitement du dossier libanais. La France ne traite pas ce dossier d'une manière régalienne mais traite plutôt avec des milices, avec des factions armées plutôt qu'avec les institutions qui sont paralysées.
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