L’État islamique au Sahel vise une expansion régionale - Par Héni Nsaibia

L’analyse présentée dans ce rapport s’appuie sur les données de l’ACLED et sur les observations de matériel de propagande militante fournies à l’ACLED par MENASTREAM, un partenaire de données. L’auteur a également tiré des informations supplémentaires de recherches ponctuelles et de rapports de sources/réseaux locaux qui ont demandé à rester anonymes.


Article paru sur ACLED. Traduction de Conflits

Une série de coups d’État militaires au Mali, au Burkina Faso et au Niger ces dernières années a transformé la dynamique militaire dans la région, déplaçant l’aide bilatérale des partenaires occidentaux traditionnels comme la France et les États-Unis vers la Russie, par l’intermédiaire de mercenaires du Groupe Wagner et de son successeur, l’Africa Corps. Malgré ces changements sismiques, l’insurrection islamiste menée par la branche locale d’al-Qaïda, Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM), et le conflit dans la province du Sahel de l’État islamique (devenu IS Sahel) se sont intensifiés et intensifiés. Au cours du premier semestre 2024, le nombre de décès signalés dans les trois États du Sahel a atteint un niveau record de 7 620, soit une augmentation de 9 % par rapport à la même période en 2023, de 37 % par rapport à 2022 et de 190 % par rapport à 2021.

Dans un contexte sécuritaire qui se dégrade, l’EI Sahel est l’un des acteurs armés les plus violents et les plus actifs de la région. Il a exploité stratégiquement le vide sécuritaire créé par le retrait des troupes françaises pour étendre sa sphère d’influence dans la région frontalière des trois États du Liptako-Gourma, en particulier dans les parties nord de la région de Ménaka au Mali. Le rapport de janvier 2023 de l’ACLED retrace l’évolution de l’EI Sahel en trois périodes distinctes, de son émergence à son ascension en tant qu’acteur armé non étatique clé au Sahel : les opérations initiales de l’EI Sahel sous la bannière de l’État islamique dans le Grand Sahel (EIGS) (2015-2019), son intégration et son expansion dans le cadre de la province ouest-africaine de l’État islamique (2019-2022), et son établissement en tant que « province du Sahel » autonome de l’État islamique avec un accent sur la consolidation du contrôle territorial (2022-présent).

Depuis la publication de ce rapport, l’EI au Sahel a continué de s’éloigner de la violence de masse pour adopter une gouvernance plus structurée et un contrôle territorial plus étendu, notamment dans les régions maliennes de Ménaka et de Gao (voir la chronologie ci-dessous). Le groupe a dû faire face à des défis depuis qu’il est devenu plus « territorial », exposant le groupe et les communautés vivant sous son contrôle à des frappes aériennes et à des opérations militaires, ce qui a entraîné la perte de plusieurs dirigeants locaux et de membres importants.

Ce nouveau rapport se penche sur la structure interne et l’organisation militaire peu explorées de l’EI Sahel, ainsi que sur son passage de la violence de masse au contrôle territorial. Il examine les pressions externes et les tensions internes entre factions au sein de l’EI Sahel, en s’appuyant sur diverses observations pour évaluer les trajectoires et les orientations futures probables du groupe.

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