La Russie se pense comme un État civilisationnel - Par Mark Galeotti


LE MOT DE MECHANT REAC®

Dans un entretien mené par Henrik Werenskiold, pour Geopolitika (et retranscrite par la Revue Conflits), Mark Galeotti explique pourquoi et comment la Russie se considère comme un État civilisationnel, porteur d’un droit historique à influencer ses voisins.

Cette vision repose sur une mythologie selon laquelle elle aurait sauvé l’Europe à plusieurs reprises. Pourtant, la Russie est en déclin relatif sur les plans économique, militaire, technologique et démographique. Ce décalage entre ambitions et réalité est renforcé par une élite soviétique vieillissante, marquée par les humiliations des années 1990.

La guerre en Ukraine illustre cette dissonance. Poutine la voit comme une guerre contre l’Occident. La Russie perd de l’influence dans le Caucase, en Asie centrale et en Moldavie, tandis que la Biélorussie reste un allié prudent.

Le concept d’eurasisme séduit peu en dehors des élites, alors que la majorité des Russes se considèrent européens. L’image d’une Europe décadente renforce l’idée que la Russie serait la « vraie Europe ».

Le Kremlin dépend de Pékin pour son soutien technologique et militaire, mais les services de renseignement russes craignent une vassalisation.

Mark Galeotti reste prudemment optimiste : une Russie post-Poutine pourrait se rapprocher de l’Europe, à condition d’un changement générationnel. Il souligne que chaque fin d’autoritarisme en Russie a ouvert une fenêtre vers l’Occident. Pour l’instant, un modus vivendi pragmatique semble être le maximum envisageable sous Poutine.

Laurent Sailly

Entretien avec Mark Galeotti. Propos recueillis par Henrik Werenskiold
La Russie se pense comme un État civilisationnel

L’establishment politique russe considère la Russie comme un « État civilisationnel » doté d’une sorte de droit divin à s’ingérer dans les affaires de ses voisins de l’espace post-soviétique. Mais la Russie connaît un déclin relatif très marqué : sur le plan économique, technologique, militaire, démographique et, selon certains, même culturel.

Mark Galeotti (Londres) est historien et l’un des meilleurs connaisseurs de la Russie actuelle. Il est professeur honoraire à l’UCL School of Slavonic and East European Studies, senior associate fellow au Royal United Services Institute et associate fellow en géopolitique euro-atlantique au Council on Geostrategy.

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