« Oui, c'était un tyran. Mais le droit international… » - Par Rafik Smati

"La chute de Maduro déclenche, comme toujours, le même réflexe pavlovien. « Oui, c'était un tyran. Mais le droit international… »

Je veux donc rappeler quelques évidences :

1) Le droit international n'a pas été inventé pour sanctuariser les tyrans. Il est né pour limiter l'arbitraire entre États souverains, pas pour transformer des dictateurs en intouchables. À force de brandir le droit comme un talisman moral, nous avons oublié son esprit. Le droit n'est pas une fin en soi. Il est un outil.

2) Le vrai problème, ce n'est pas la chute d'un tyran. C'est l'impuissance stratégique européenne. L'Europe commente. L'Europe condamne. L'Europe s'indigne. Se draper dans une supériorité morale abstraite est devenu un substitut commode à la puissance. On invoque le droit international pour éviter de penser en termes de rapports de force, de souveraineté, de stratégie de long terme. Or le monde qui vient n'est pas un monde de juristes. C'est un monde de blocs, de technologies, d'énergie, de monnaies, d'influence.

3) La vraie question n'est donc pas « avons-nous respecté le droit ? » mais « avons-nous pesé sur l'Histoire ? » Aujourd'hui, la réponse est trop souvent non. L'Europe ne doit bien sûr pas renier ses valeurs, mais elle doit cesser de croire que les valeurs survivent sans puissance. Sans cela, elle continuera à donner des leçons… pendant que d'autres écriront le réel.

Car la grande Histoire, elle, ne nous attendra pas."