Espagne : la transition énergétique sous tension ? - Par Nicolas Klein
L’Espagne est devenue l’un des laboratoires européens de la décarbonation rapide, avec un mix électrique dominé par l’éolien et le solaire, qui couvrent désormais plus de la moitié de la production. Cette montée en puissance a permis une baisse notable des prix de l’électricité et l’attraction d’industries électro‑intensives. Toutefois, l’infrastructure du réseau n’a pas suivi : les investissements ont reculé alors que les capacités renouvelables explosaient, entraînant une saturation quasi générale des sous‑stations et une vulnérabilité structurelle.
La panne géante d’avril 2025 a révélé ces fragilités : le problème ne venait pas des renouvelables, mais d’un déficit d’inertie, d’une faible disponibilité thermique et d’un réseau insuffisamment modernisé. Le débat se cristallise désormais autour de trois enjeux : la fermeture programmée de la centrale nucléaire d’Almaraz, le développement massif du stockage — encore très insuffisant — et la question des interconnexions avec la France. Madrid accuse Paris de freiner volontairement les projets transfrontaliers, maintenant l’Espagne dans un quasi‑isolement énergétique.
Face à ces blocages, le gouvernement mise sur l’hydrogène vert, notamment via le projet H2Med. En 2026, l’Espagne apparaît ainsi comme un pionnier fragile : technologiquement en avance, mais dépendante d’investissements massifs dans les réseaux, du déploiement du stockage et d’une stratégie diplomatique capable de lever le « mur » français.
