J'ai lu et aimé : « Bienvenue en économie de guerre » de David Baverez - Par Laurent Sailly


David Baverez propose une analyse revigorante et stimulante afin de nous préparer à une écoinomie de guerre...

Installé à Hong Kong depuis 2012, David Baverez est investisseur, essayiste et conférencier. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages sur les relations entre la Chine et l’Occident. Il est également chroniqueur à L’Opinion. Il publie en 2024 « Bienvenue en économie de guerre » aux éditions NOVICE.

David Baverez décrit un basculement historique en 2022 : le passage d’une économie de paix à une économie de guerre. Ce changement marque la fin d’un cycle ouvert en 1989 (chute du mur de Berlin) : mondialisation heureuse, abondance énergétique, faibles taux d’intérêt, déflation technologique, circulation libre des biens et des données.

Deux événements déclencheurs. La guerre en Ukraine qui nous fait entrée dans une « seconde guerre froide » et le XXᵉ congrès du PCC avec la fin de la collégialité instaurée par Deng Xiaoping, recentralisation autoritaire autour de Xi Jinping et virage vers un néo-lénino-marxisme. Ces deux ruptures entraînent un transfert massif de pouvoir et de valeurs.

Trois piliers supportent ce nouveau monde. D’abord l’Énergie, au cœur de la transition environnementale et source de vulnérabilité ; ensuite la Sécurité, avec le contrôle des approvisionnements, la souveraineté industrielle, enfin la Guerre, avec le passage d’un monde d’abondance à un monde de pénurie. D’où les nouveaux impératifs : restockage stratégique, désendettement, maîtrise des chaînes d’approvisionnement, pricing power.

La Chine est l’archétype de l’économie de guerre caractérisée par un capitalisme sous contrôle étatique, mercantilisme, recherche d’autosuffisance ; une politique industrielle centralisée, champions nationaux, contrôle strict des données ; des sacrifices demandés à la population au nom de la puissance collective ; un endettement massif (≈ 300 % du PIB). L’Objectif stratégique A est de devenir n°1 mondial en 2049 et de désoccidentaliser l’ordre international (dollar, OTAN, démocratie).

Dans ce monde reconfiguré, l’Europe est marginalisée. La part du PIB mondial de l’Europe entre 1980-2024 est passée de 29 % à 18 %, alors que la Chine est de 18 % (contre 2 ,5 % en 1980) et les États-Unis restent stables à 26 %. L’Europe apparaît comme le grand perdant de la rivalité sino-américaine. La Chine et les États-Unis structurent un partage du monde, l’Europe subissant plus qu’elle n’agit.

Les règles du commerce et de la diplomatie changent. Les négociations reposent désormais sur la dépendance, non sur le rapport de force classique. La multiplication des accords bilatéraux et multilatéraux flexibles, au détriment des grandes institutions (UE incluse).La Chine excelle dans l’art de la division en Europe.

David Baverez affirme que l’économie et la géopolitique sont désormais indissociables. Les entreprises doivent intégrer la guerre technologique États-Unis–Chine, les cyberattaques, la diversification des approvisionnements, la dépendance structurelle à la Chine (productivité, maîtrise technologique, sous-traitance). L’Inde, malgré son potentiel, reste selon lui loin des standards nécessaires (productivité, infrastructures).

L’auteur établit un diagnostic comparé. La Chine est une puissance technologique et industrielle, mais fragilités structurelles (surcapacités, dette). Les États-Unis a la capacité d’adaptation rapide, puissance technologique et financière. L’Europe est affaiblie, en déclin relatif, mais pouvant rebondir si elle adopte une vision pragmatique articulant économie et géopolitique.

Le livre décrit un renversement et la fin de l’ESG « classique » (Environnement, Sociétal, Gouvernance) des années 2010 vers un transfert de valeurs : l’Energie devient le cœur de la transition environnementale, la Sécurité se redéfinit comme contrôle des approvisionnements ; la Guerre impose un passage d’un monde d’abondance à un monde de pénurie. D’où quatre impératifs : restockage stratégique, désendettement, maîtrise des chaînes d’approvisionnement, pricing power.

Il appelle au sursaut européen. L’Europe doit abandonner ses illusions, intégrer la logique de l’économie de guerre et repenser son modèle pour éviter un déclassement durable. Le sursaut passe par une réconciliation entre économie et géopolitique, devenue indispensable.

Essai – Illustré par Mathieu Persan
130 x 200 – 204 pages – 19,90 €
ISBN : 978-2-492301-44-5
Bienvenue en économie de guerre Novice