J'ai lu et aimé :"L’Islam contre la modernité" de Ferghane Azihari - Par Laurent Sailly


L’islam est-il incompatible avec la modernité? Dans un réquisitoire incisif et documenté, l'essayiste libéral Ferghane Azihari, issu d'une famille comorienne musulmane, montre comment l'islam, en refusant tout examen et toute réforme, s'enlise dans l'archaïsme. Un essai courageux au service d'un combat désormais inévitable contre l'intolérance, le fanatisme et l'oppression.

Ferghane Azihari publie aux éditions Presse de la Cité, L’Islam contre la modernité, un essai où l’auteur défend l’idée que l’islam, en tant que système religieux et civilisationnel, serait structurellement incompatible avec la modernité, et qu’il expliquerait en grande partie les difficultés politiques, sociales et scientifiques des sociétés musulmanes. Azihari fonde son analyse sur un ensemble « d’anomalies statistiques » : rareté des démocraties libérales dans le monde musulman, prévalence des conflits armés, persécutions religieuses, inégalités de genre, criminalisation de l’homosexualité et faible production scientifique.

Il rejette fermement la distinction entre islam et islamisme, qu’il considère comme une construction politique récente, destinée à rassurer les sociétés occidentales. Historiquement, rappelle-t-il, les deux termes étaient synonymes. Sa critique s’étend aussi à la vision musulmane d’un Orient préislamique décrit comme barbare : selon lui, cette représentation relève d’une réécriture qui occulte la richesse des civilisations gréco-romaines, perses ou syriaques, effacées ou marginalisées par l’islamisation. L’Iran fait exception, ayant préservé une mémoire préislamique favorisant une dynamique de sécularisation contemporaine.

Concernant l’âge d’or abbasside, Azihari estime qu’il ne constitue pas la preuve d’un islam florissant, mais d’une période faiblement islamisée où les chrétiens syriaques furent décisifs dans la transmission du savoir grec. L’islam, soutient-il, n’aurait pas engendré le progrès, mais permis l’existence d’exceptions malgré un cadre religieux contraignant.

L’auteur aborde aussi des thèmes sensibles comme l’esclavage, rappelant que le Coran le tolère et que le monde musulman n’a jamais produit de véritable mouvement abolitionniste interne. La fin de l’esclavage serait principalement due à la pression occidentale. De manière plus générale, Azihari voit dans les sociétés musulmanes un ensemble statistique cohérent marqué par l’autoritarisme, l’instabilité et les inégalités, indépendamment de leur diversité interne.

Il décrit un phénomène d’islamisation comme pression normative diffuse — un « djihadisme d’atmosphère » — affectant l’autocensure, les tensions communautaires ou la sécurité de certaines minorités en Europe.

L’essai propose enfin une désislamisation qu’il compare à la déchristianisation européenne, fondée sur une approche historico-critique des textes et une réaffirmation des valeurs des Lumières. Cette démarche s’enracine aussi dans le parcours personnel d’Azihari, issu d’une famille musulmane comorienne et marqué par un éloignement progressif de la religion.