Comprendre la popularité inattendue des Pahlavi, ces Shahs d’Iran détestés hier* - Par Guillaume Perrault

Reza Khan (à gauche) et son fils Mohammad Reza (à droite). Bridgeman Images / Â Unknown photographer, (20th century) / Bridgeman Images

Le mot de Méchant Réac® - Par Laurent Sailly

Depuis 2022, une partie importante de la jeunesse iranienne scande à nouveau « Vive le Chah ! », phénomène surprenant pour une génération née après la révolution de 1979. Cette réapparition du nom Pahlavi s’explique par la comparaison entre l’Iran modernisateur de la monarchie et la situation actuelle sous la République islamique. Guillaume Perrault (Le Figaro) nous raconte l'histoire des Pahlavi et nous aide à comprendre la popularité inattendue des Shahs d’Iran.

Issu d’un milieu modeste, Reza Shah (1878‑1944) – fondateur de l’État moderne – s’impose grâce à sa carrière militaire avant de prendre le pouvoir en 1921 puis la couronne en 1925. Son objectif central est de moderniser et d’unifier le pays. Son règne demeure toutefois autoritaire, marqué par la censure, la répression et la sédentarisation forcée des tribus. En 1941, il est contraint d’abdiquer par les forces britanniques et soviétiques.
Mohammad Reza Shah (1919‑1980) monte sur le trône en 1941. Le jeune souverain — formé en Suisse et fortement influencé par l’Europe — exerce d’abord un pouvoir limité. Après 1955 (et l’épisode Mossadegh (premier ministre de 1951 à 1953), il renforce progressivement son autorité. Le Shah revient alors en position de force. Grâce à l’essor des revenus pétroliers, l’Iran connaît une industrialisation massive, une urbanisation accélérée et de profondes réformes sociales. La « Révolution blanche » (1963) introduit : réforme agraire, droit de vote des femmes, alphabétisation et refonte du droit civil.
Cette modernisation suscite l’hostilité du clergé chiite, d’où émerge Khomeyni. Malgré ses succès économiques, le régime souffre de dérives : rôle répressif de la Savak (le service de sécurité intérieure et de renseignement), corruption, inégalités croissantes et fossé social entre élites urbanisées et populations modestes. Les célébrations de Persépolis (1971) renforcent l’image d’une monarchie déconnectée.
Une conjonction de crise économique, de contestation politique et d’activisme religieux entraîne un mouvement de protestation massif. Plusieurs événements catalysent la mobilisation : l’article diffamatoire contre Khomeyni, l’incendie du cinéma Rex ou encore les violences du « Septembre noir » en 1978. Affaibli et souffrant, le Shah refuse une répression à grande échelle, tandis que Washington encourage des réformes. Après la nomination de Bakhtiar, il quitte le pays le 16 janvier 1979. Le retour de Khomeyni provoque l’effondrement de la monarchie et l’exécution de nombreux responsables.

Aujourd’hui, une partie de la jeunesse perçoit les Pahlavi comme : les architectes de la modernisation de l’Iran ; les défenseurs de la souveraineté nationale ; les promoteurs d’une laïcité relative et des droits des femmes. Cette image contraste avec la propagande officielle, qui les dépeint comme corrompus et tyranniques. Le prince Reza Pahlavi, en exil, incarne pour certains un symbole d’alternative politique. Le regain d’intérêt actuel pour les Pahlavi traduit surtout une crise profonde de légitimité du régime islamique.

Guillaume Perrault
*La vraie histoire des Pahlavi, ces Chahs d’Iran détestés hier, acclamés aujourd’hui

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