La fin d’un cycle : recomposition géopolitique au Moyen‑Orient - Par Gilles Kepel


Le mot de Méchant Réac® - Par Laurent Sailly

La synthèse ci-dessous s’appuie sur les analyses de Gilles Kepel, exprimées début mars 2026 dans L’Express et Le Figaro, pour décrypter la profonde recomposition géopolitique en cours au Moyen-Orient après l’attaque concertée menée par les États‑Unis et Israël contre l’Iran, opération qui a conduit à la mort du Guide suprême Ali Khamenei.

Cet événement, présenté comme un véritable tournant historique, marque selon Kepel la clôture d’un cycle entamé en 1979 avec la révolution islamique et l’avènement d’un État fondé sur l’islam politique. Le régime iranien apparaît désormais affaibli : contestation sociale des classes populaires, répression renforcée par les pasdarans, risques de fragmentation interne, arsenal disséminé et potentiellement incontrôlableL
La première dynamique analysée concerne l’affaiblissement stratégique de l’Iran. L’opération militaire s’inscrit dans la continuité des actions engagées après le 7 octobre 2023, qui ont progressivement neutralisé les principaux proxies iraniens, du Hamas au Hezbollah en passant par le régime syrien. La disparition de Khamenei ouvre une période d’incertitude : montée des tensions ethniques, possibilité de guerre civile, et risque de voir l’Iran se repositionner pour sa survie dans de nouveaux axes idéologiques ou géopolitiques.
La deuxième dynamique touche aux rapports de force régionaux. Israël sort renforcé, et Benjamin Netanyahou pourrait marquer l’histoire s’il parvient à éliminer durablement la menace iranienne. Du côté américain, Donald Trump recherche un succès rapide à l’approche des élections de mi‑mandat, ce qui explique sa volonté de privilégier la force militaire. Les pays du Golfe, eux, réagissent de façon contrastée : l’Arabie saoudite, fragilisée par la baisse des revenus pétroliers, doit revoir ses ambitions comme le projet Neom ; les Émirats arabes unis renforcent leur rôle de puissance maritime ; le Qatar demeure un acteur ambigu mais central dans l’axe frériste. S’y ajoute une série de recompositions discrètes : tensions Riyad–Abou Dhabi, rapprochement entre l’Arabie, le Qatar et la Turquie, vulnérabilité militaire du Golfe mise au jour par les frappes iraniennes, et paralysie partielle du détroit d’Ormuz, essentiel au commerce mondial.
Enfin, Kepel analyse la persistance de l’idéologie islamogauchiste. Apparue dès 1979 dans la convergence entre marxisme tiers‑mondiste et islam politique, soutenue un temps par une partie de l’intelligentsia occidentale, cette idéologie a retrouvé une vigueur après le 7 octobre 2023 et la guerre de Gaza. Elle tend à occulter la nature autoritaire du régime iranien en focalisant la critique sur Israël et les États‑Unis.

En conclusion, la mort de Khamenei n’ouvre pas seulement une crise, mais le passage vers une nouvelle ère dont les contours — recomposition des alliances, risques d’implosion régionale, persistance des idéologies — restent largement imprévisibles, mais potentiellement déterminants pour le Moyen‑Orient et l’Occident.

"Une recomposition à bas bruit se joue au Moyen-Orient" : les dessous de l'attaque en Iran analysés par Gilles Kepel

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« Une page de l’Histoire, ouverte en 1979 en Iran, vient de se tourner » : le grand décryptage de Gilles Kepel

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