Quels sont les centres de gravité de l'Iran et comment sont-ils attaqués ?* - Par John Spencer
John Spencer (The Urban Warfare Institute) soutient que comprendre la guerre contre l’Iran exige d’abandonner une logique de « liste de cibles » pour adopter une approche systémique inspirée de Clausewitz. Le centre de gravité d’un acteur n’est pas un équipement ou une base, mais le système qui lui permet de générer et de maintenir sa puissance coercitive. Pour l’Iran, ce centre de gravité n’est ni son arsenal de missiles, ni son programme nucléaire, ni sa marine, ni ses proxies pris isolément, mais l’intégration de ces éléments dans un appareil cohérent : direction politique et militaire, sécurité intérieure, base industrielle, réseaux de commandement et flux de revenus.
L’analyse montre que chaque capacité iranienne repose sur des exigences critiques :
- Les missiles dépendent de la production, de la dispersion et des chaînes logistiques.
- Le nucléaire dépend de l’expertise, des réseaux d’approvisionnement et de la capacité à redémarrer après une frappe.
- La coercition maritime repose surtout sur les réseaux de détection et de ciblage (radars, ISR).
- Les proxies nécessitent financement, armes, formation et communications.
La campagne américano-israélienne vise donc non pas à détruire des objets, mais à désarticuler le système : frapper la production, le commandement, les réseaux de détection, les infrastructures et même les dirigeants qui assurent la cohésion. L’objectif final n’est pas la destruction matérielle, mais un changement de décision du régime : abandon du nucléaire, réduction du soutien aux proxies, renoncement à la coercition maritime. Clausewitz rappelle que le succès se mesure à la volonté imposée, non aux dégâts infligés.
John Spencer
*What Are Iran’s Centers of Gravity and How Are They Being Attacked?
