Ceuta, miroir des failles migratoires de l’Europe selon Fernand Gontier - Par Laurent Sailly


Entre pression aux frontières, réseaux de passeurs et stratégie d’externalisation, Fernand Gontier appelle l’Union européenne à reprendre la maîtrise de sa politique migratoire.

Dans deux textes (l’un publié dans Le Figaro le 31 juillet 2026 et l’autre dans Atlantico le 1er août 2026) consacrés à la crise migratoire de Ceuta et, plus largement, aux limites de la politique migratoire européenne, Fernand Gontier défend l’idée que l’Europe ne peut plus se contenter de réagir aux arrivées à ses frontières : elle doit agir en amont, dans les pays d’origine et de transit, afin de prévenir les départs irréguliers, lutter contre les réseaux de passeurs et organiser plus efficacement les retours.

La crise de Ceuta apparaît comme le révélateur d’un système européen encore trop fragmenté. Selon l’ancien directeur de la police aux frontières, elle montre à la fois les fragilités de l’Espagne, les divergences entre États membres et l’insuffisance d’une stratégie commune. Les frontières extérieures de l’Union ne concernent pas seulement les pays qui les possèdent matériellement : lorsqu’un État protège une frontière comme Ceuta ou Melilla, il protège aussi l’ensemble de l’espace européen.

Gontier insiste sur la nécessité d’externaliser une partie de la politique migratoire. Pour lui, cette externalisation ne signifie pas un abandon de souveraineté, mais au contraire une manière de l’exercer plus tôt, avant que les crises ne se produisent aux portes de l’Europe. Elle suppose des partenariats durables avec les pays tiers, le renforcement de leurs capacités de contrôle, la coopération policière et judiciaire, le partage du renseignement, ainsi que la possibilité de mettre en place des centres de retour ou d’accueil hors de l’Union européenne, sous réserve de garanties juridiques et du respect des droits fondamentaux.

Un autre thème central du document est le rôle des réseaux de passeurs. Gontier les présente comme les principaux bénéficiaires du désordre migratoire. Ces organisations criminelles exploitent les failles juridiques, les divergences politiques, les difficultés d’éloignement et les messages ambigus envoyés par les États européens. Elles utilisent aussi les réseaux sociaux pour transformer des informations complexes en promesses simples, comme l’idée que la frontière serait ouverte ou que les migrants ne pourraient pas être renvoyés.

Il distingue également plusieurs formes d’instrumentalisation migratoire. Gontier reconnaît que certains États, comme la Biélorussie ou la Russie, ont utilisé les flux migratoires comme un outil de pression politique ou de déstabilisation. En revanche, il invite à la prudence concernant le Maroc et la crise de Ceuta : l’ampleur du phénomène interroge, mais elle ne suffit pas à prouver une opération délibérément organisée par les autorités marocaines. Il faut selon lui analyser les réactions et la coopération du Maroc dans la durée avant de tirer des conclusions.

Enfin, Fernand Gontier souligne la tension fondamentale entre deux exigences : la protection des droits fondamentaux et le droit des États à maîtriser leurs frontières. L’Europe doit continuer à garantir l’asile et la protection des personnes vulnérables, mais elle doit aussi rendre sa politique plus lisible, plus cohérente et plus efficace. Tant que les États membres enverront des signaux contradictoires, les passeurs pourront les exploiter pour attirer de nouveaux candidats au départ.

En conclusion,  l’auteur de "La face cachée de l'immigration" aux éditions Baudelaire plaide pour une politique migratoire européenne plus anticipatrice, plus harmonisée et plus assumée. La réponse aux crises migratoires ne peut pas se limiter au contrôle physique des frontières : elle doit combiner coopération internationale, action judiciaire contre les filières criminelles, organisation des retours, protection du droit d’asile et solidarité entre États membres.

Fernand Gontier
«Après Ceuta, il est temps d’externaliser notre politique migratoire»


Fernand Gontier
Déferlement de migrants sur Ceuta : la faute de Pedro Sanchez, l’aveuglement de l’Europe, l’orchestration venue d’ailleurs…