Sébastien Laye : Les faiblesses du modèle chinois
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| Photo © Xie Huanchi/AP/SIPA |
Après quarante ans de croissance exceptionnelle, la Chine approche des limites de son modèle de rattrapage fondé sur l’industrialisation accélérée et l’investissement massif, analyse Sébastien Laye. Les rendements du capital diminuent, l’endettement progresse et la productivité ralentit. Le point critique se situe dans l’immobilier, longtemps moteur représentant jusqu’à un quart du PIB et soutenant industries lourdes et finances locales : son effondrement s’apparente à un « moment Minsky », avec promoteurs surendettés, baisse de la demande et perte de confiance des ménages. Pékin peut étaler les pertes mais non effacer la dette, ce qui pèse sur la consommation. Par ailleurs, le capitalisme d’État entretient des inefficiences : les secteurs publics stratégiques disposent d’un accès privilégié au crédit et aux marchés, créant une contrainte budgétaire « molle » qui freine l’allocation efficace du capital et l’innovation. La demande intérieure reste structurellement insuffisante (protection sociale limitée, inégalités, épargne de précaution), et la dépréciation immobilière ainsi que le durcissement politique renforcent l’épargne au détriment de la consommation. L’innovation, qui exige expérimentation et circulation des idées, se heurte aux logiques de contrôle. Enfin, l’environnement international se durcit (barrières, relocalisations, tensions), réduisant les débouchés et accentuant les surcapacités. La Chine n’est pas en effondrement, mais entre dans une phase de maturité où la croissance doit venir de la productivité et de la confiance institutionnelle.
Sébastien Laye
Les faiblesses du modèle chinois
