Jean Tirole appelle à la responsabilité envers les générations futures*

Le mot de Méchant Réac® - Par Laurent Sailly

Dans un entretien mené par Béatrice Parrino pour Le Point, Jean Tirole, prix Nobel 2014 de sciences économiques, dresse un diagnostic préoccupant de la situation française. Sans céder au déclinisme, il estime que le redressement reste possible, à condition de réformer, d’investir et de restaurer la confiance dans l’État. Face aux défis de la dette, de l’éducation et des technologies, l’économiste appelle le pays à sortir du déni.

Finances publiques: sortir du déni. L’accumulation des déficits et le poids croissant des intérêts réduisent les moyens disponibles pour les services publics et les investissements. Selon lui, assainir les finances est indispensable pour préserver le modèle social.

Dépense publique: mieux évaluer pour mieux agir. Il propose une instance indépendante et multipartisane capable de chiffrer les programmes politiques et d’évaluer les politiques publiques, afin de réorienter les moyens vers ce qui fonctionne.

Éducation: investir tôt et combattre les inégalités réelles. Il critique un système qui reproduit les écarts sociaux malgré son ambition égalitaire. Ses priorités sont la petite enfance, le primaire, les apprentissages fondamentaux et un accompagnement ciblé des élèves en difficulté.

Université: mieux orienter et donner davantage d’autonomie. Il défend une sélection évitant la « sélection par l’échec », une meilleure adéquation des formations avec les débouchés, ainsi que des droits d’inscription progressifs accompagnés de bourses. Il souhaite aussi davantage de liberté d’expérimentation, avec des évaluations indépendantes.

Intelligence artificielle: préparer une transformation profonde. La formation doit privilégier le raisonnement, l’esprit critique et les compétences relationnelles. L’IA pourrait accentuer les inégalités scolaires et modifier la répartition de la richesse entre capital et travail.

Innovation: la voie du redressement européen. Pour Tirole, la France et l’Europe doivent miser sur l’innovation, le savoir-faire et la qualité de la formation, en améliorant leurs régulations et leurs incitations financières.

Démocratie: retrouver une culture économique commune. Il juge nécessaire de mieux expliquer les conséquences des choix publics et de combattre les promesses irréalistes.

Jean Tirole refuse le fatalisme: les difficultés françaises sont largement liées à des choix collectifs et peuvent donc être corrigées par une méthode rigoureuse, un effort partagé et une vision de long terme.

Jean Tirole
*« La France ne manque ni de talents ni d’atouts, elle manque de méthode et de vision »