« Les larmes de la France d’en bas »






François Midon, l’auteur, est un spécialiste du marketing et ça se sent. La première partie de son livre « Les larmes de la France d’en bas » est consacrée au démontage de la campagne du candidat Macron et à la création de la « marque » LREM. Dans un second temps, l’auteur démontre la faiblesse marketing des autres candidats. Si cette partie doit, comme le dit la présentation d l’œuvre, permettre « aux lecteurs parfaitement imprégnés du contexte, de comprendre pourquoi les classes populaires et moyennes sont aussitôt plongées dans un monde qui n’est pas le leur », elle est aussi un cours magistral sur les techniques de communication à utiliser pour gagner une élection.


La question est de savoir si, dans l’emballage Macron il y a autre chose ou s’il ne s’agit que d’un emballage. François Midon répond assez vite à cette question par l’affirmative. Il va même plus loin, considérant que l’élection d’Emmanuel Macron et celle de sa majorité parlementaire sont trop peu représentatives pour être légitimes.

Emmanuel Macron n’a pas « volé » son élection. Mon opinion diverge de celle de l’auteur du livre. La règle est claire dans notre constitution : le candidat qui obtient le plus de suffrages au second tour de l’élection présidentielle est élu président de la République. La même règle s’applique aux candidats des élections législatives.

Si Emmanuel Macron n’a pas volé son élection, il l’a sûrement usurpée. Et c’est là la faiblesse du livre de François Midon. Car dans la seconde partie du livre, on s’attend à une critique en règle du programme du candidat Macron. Certes, Midon ne nous prend pas en traitre en nous avertissant qu’il n’aborderait pas les questions économiques, budgétaires, sécuritaires et européenne et internationales car éloignées de la France d’en bas. Je dois dire que les bras m’en sont tombés. Le chômage, première préoccupation des Français, c’est de l’économie. Le terrorisme, deuxième préoccupation des Français, concerne à la fois la politique de sécurité intérieure du pays et les relations internationales de la France. L’enseignement, la santé, la formation professionnelle (sujets qui touchent directement les Français)  sont contraints par le déficit budgétaire. Le communautarisme n’est pas traité alors qu’il s’agit de l’enjeu sociétal fondamentale de ce début de XXIème siècle pour notre pays. Au lieu de ça, l’auteur nous propose le catalogue des petites phrases d’Emmanuel Macron et de l’humiliation ressentie par la France d’en bas. 

Ces thèmes sont pourtant abordés en troisième partie du livre. Si François Midon pose beaucoup (beaucoup trop) de questions (souvent justes), il n’apporte pas de réelles solutions. Après le catalogue des petites phrases du président, on assiste à la litanie des pleurnicheries françaises. En lisant ces chapitres j’ai eu l’impression d’assister à un déjeuner de famille, assis entre mes parents qui ne veulent surtout pas qu’on parle politique, ma tante militante LFI qui, depuis 1968 et son adhésion au PSU n’a toujours rien compris à l’économie, et mon grand oncle lepéniste pour qui, quoiqu’il arrive, tout est de la faute des arabes (même la canicule !).

Bref, le livre de François Midon a le mérite d’apporter au débat une réflexion originale. Il vaut d’être lu pour sa première partie (qui d’ailleurs représente 40% du livre). J’espère que l’auteur, qui m’a contacté pour que je lise son livre, ne me reprochera pas ma franchise.