J'ai lu et aimé : "La Longue Dérive de la dette française" (PUF), Julien Dubertret et Nicolas Ragache - Par Laurent Sailly



Dans La Longue Dérive de la dette française (PUF), Julien Dubertret et Nicolas Ragache expliquent que la dette française résulte d’une dérive lente, structurelle et continue, nourrie par une culture politique où chaque problème appelle une dépense supplémentaire plutôt qu’une remise en question des politiques publiques. Ils retracent cette évolution depuis 1958 et montrent comment la France s’est progressivement éloignée de l’objectif d’équilibre budgétaire. Un ouvrage essentiel passionnant et documenté !

Les auteurs montrent que la France est structurellement en déficit depuis 1933, malgré quelques périodes d’équilibre apparent dans les années 1960 . Les « légendes budgétaires » — dernier budget en équilibre en 1974, rigueur de 1983, 35 heures — sont revisitées et relativisées.

Chaque décennie ajoute une couche supplémentaire d’endettement, notamment via la montée de la dette sociale . L’ouvrage éclaire les continuités et ruptures dans la gestion budgétaire, tout en soulignant les limites de l’analyse centrée sur l’État : rôle des collectivités, décentralisation, lois de financement de la Sécurité sociale, absence de certification des comptes locaux.

Le diagnostic final est sévère : la France manque d’une règle de dépense crédible et pluriannuelle, désormais exigée par l’UE ; les stabilisateurs automatiques sont mal compris, entraînant des hausses d’impôts récurrentes ; le Haut Conseil des finances publiques est trop faible et devrait être renforcé ; il manque un organisme indépendant d’évaluation des normes et des promesses politiques, à l’image du modèle allemand ou néerlandais ; aucune règle d’ajustement automatique des dépenses sociales n’existe (retraites, santé).

L’analyse souligne un piège institutionnalisé : près des deux tiers du corps électoral dépendent directement de la dépense publique, rendant politiquement très difficile toute réduction significative des dépenses.

L’ouvrage montre que, la période des politiques monétaires accommodantes étant terminée, la France ne peut plus compter que sur sa politique budgétaire pour absorber les chocs. Il plaide pour un nouveau cadre institutionnel contraignant, seul capable d’éviter un ajustement brutal imposé par les marchés lors de la prochaine crise.